Monte-Carlo en Flammes
Lire le chapitre 17: Under the Grandstand
Le vrombissement des moteurs montait des stands comme une marée mécanique, et Jules sentait la vibration dans ses semelles. Le Grand Prix avait commencé depuis onze minutes. Sous le grandstand, dans le boyau technique réservé aux mécaniciens, l'air sentait le caoutchouc brûlé et le carburant. Le ciel était d'un bleu implacable sur Monaco.
— Tu es sûr de ton coup ? demanda Basile, l'ingénieur radio que Jules avait soudoyé avec trois mois de salaire en cryptomonnaie.
— Non, répondit Jules avec un sourire carnassier. C'est pour ça que c'est excitant.
Basile déglutit. Jules l'observa une seconde—un homme nerveux, des cernes de taupe, une fidélité achetée et donc fragile. Mais il avait fait son travail : il avait laissé la voie ouverte dans le système de ventilation qui courait sous le grandstand, celui-là même qui reliait les puits techniques des stands à la colonne de transmission du casino.
Le talkie accroché à sa ceinture grésilla. La voix d'Alex, métallique et dense :
— Le peloton entre dans le tunnel dans quatre-vingts secondes. Ça va être le chaos. Je veux que la panne soit crédible.
— Elle le sera. Il suffit que je saigne le capteur de pression à l'instant précis où il passe sur le vibreur de la piscine. La voiture va penser que le pneu est crevé.
— Ne fais pas de dégâts réels, Jules. Il faut que la course continue.
— Évidemment. Tu crois que je veux être responsable de la mort de quelqu'un ?
Silence radio. Jules imagina Alex dans sa planque, le visage tendu, les doigts qui tapaient nerveusement sur la table. Son mensonge au sujet du central cage lui pesait. Jules le savait. Ils n'en avaient pas parlé.
— Ils passent, signala Basile, les yeux rivés sur le petit écran de contrôle.
Jules se déplaça rapidement malgré la chaleur étouffante. Son sac de toile traînait près d'un conduit de climatisation, apparemment abandonné entre deux charges de matériel. Il l'ouvrit avec un geste précis : à l'intérieur, soigneusement emballé dans une mousse noire, reposait le second brouilleur. Plus petit que le premier—un disque plat de quinze centimètres—mais infiniment plus dangereux.
La technologie venait d'un fournisseur que Zoe avait trouvé par l'intermédiaire de réseaux qu'elle refusait de nommer. Une impulsion à large spectre conçue pour cibler les serveurs de sauvegarde redondants. Elle ne les détruisait pas physiquement, mais elle corrompait les chaînes de vérification. Pendant quarante-huit heures à compter de son activation, tout système qui tenterait de restaurer une sauvegarde du casino recevrait une salve de données faussées, impossibles à distinguer des authentiques.
Les murs du tunnel renvoyèrent le rugissement d'une Ferrari qui passait en dessous, à peine cinq mètres plus bas. Le grandstand trembla légèrement. Jules consulta sa montre. À ce moment précis, sa voiture fictive—la numéro dix-sept, celle du pilote qu'il avait accepté de "déstabiliser" contre un paiement versé sur un compte aux îles Caïmans—devait passer sur le vibreur de la Piscine.
Basile murmurait dans son téléphone caché, un vieux Nokia à clapet. Il raccrocha, pâle.
— La Ferrari de la voiture neuf a signalé une perte de pression au pneu arrière gauche. Elle entre aux stands.
Le soulagement écrasa la tension dans les épaules de Jules. Il avait réussi. L'équipe—l'équipe officielle, pas leur bande de fantômes—allait passer trente-deux secondes à changer une roue parfaitement saine, ce qui leur donnerait le temps de relancer leur pilote dans le trafic juste assez mêlé pour que la course se prolonge de plusieurs tours supplémentaires.
— Je bouge maintenant, dit Jules à Basile en refermant son sac.
Il se glissa dans la gaine de ventilation, un boyau métallique à peine plus large que ses épaules. L'espace sentait l'ozone et le vieux métal. Le boyau serpentait sous la tribune principale, épousant la courbe du virage du Portier. À mi-chemin, il s'arrêta devant une plaque d'accès marquée du sigle électrique jaune.
Une minute de travail. Il sortit un outil multifonction, desserra les quatre vis, souleva la plaque. Derrière, une grappe de câbles fibre optique—les liaisons de sauvegarde entre les serveurs du casino et leur site secondaire, situé sous la gare de Monaco.
Il posa le brouilleur contre le faisceau principal. Un aimant l'activa, le collant fermement au support métallique. Il enfonça plusieurs fois le petit bouton codé, qui s'illumina vert. Un léger ronronnement s'éleva, presque imperceptible.
Terminé.
C'est à cet instant que son téléphone vibra. Un message venait d'arriver, portant un numéro qu'il ne connaissait pas. Le texte était court, en majuscules rouges sur l'écran de son vieux téléphone crypté :
"L'AUDIT A AVANCÉ. QUARANTE-QUATRE HEURES RESTANTES. VOS SAUVEGARDES SONT SCELLÉES D'ICI TROIS HEURES. ACCÉLÉREZ."
Jules cligna des yeux. Qui savait qu'ils étaient dans cette gaine ? Qui avait avancé l'audit ? Alex n'avait pas mentionné cela.
Il était à mi-chemin du retour, rampant vers la lumière du boyau technique, quand son talkie grésilla à nouveau. Cette fois, la voix d'Alex était précipitée, le souffle court :
— Jules, écoute-moi. Le service de sécurité du casino vient de déclencher une inspection aléatoire des gaines techniques. Ils savent que quelqu'un a posé du matériel dans le réseau.
Le sang de Jules se glaça.
— Comment tu le sais ?
Une pause, longue et inquiétante. La voix d'Alex chuta :
— Je viens de recevoir un message de Viktor. Il m'a envoyé une photo. De toi. Qui entres dans la gaine.
Jules ferma les yeux. L'air confiné devint brusquement plus étroit, plus chaud. Viktor était dans les tribunes. Viktor voyait tout. Viktor jouait avec eux.
— Il veut te rencontrer, poursuivit Alex d'une voix blanche. Avant le cimetière. Dans les stands. Dans une heure.
Jules rouvrit les yeux. Son regard tomba sur la gaine béante devant lui, sur le boyau d'évacuation désormais condamné par sa propre impulsion de vitesse. Il se souvint de ce que Zoe avait dit, la veille—sa menace à peine voilée, sa sortie de secours prête, son arme numérique à portée de doigts.
— Une heure ? répéta-t-il, le cœur lourd.
— Il veut renégocier, murmura Alex. Il ne sait pas encore le plan—pas en détail. Mais il sait trop de choses, Jules. Et il sait que nous sommes dans les murs.
Dans les tribunes, la foule hurla. Le Grand Prix continuait. Bientôt, le brouilleur du casino serait en place. Mais quelqu'un d'autre venait de mettre leur trahison en place.
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