Monte-Carlo en Flammes
Lire le chapitre 20: Aftermath in the Vault
Le grésillement des lasers s'éteignit dans un dernier soupir électrique. L'air de la chambre forte sentait l'ozone et le cuivre, un mélange âcre qui collait à la langue d'Alex. Il baissa les yeux sur son avant-bras, où la balle de Viktor avait tracé un sillon brûlant. La chair était à vif, rouge et noire, mais l'os était intact. Il aurait pu être pire. Beaucoup pire.
Il serra le registre rouge contre sa poitrine, la reliure en cuir moite de sueur et de sang. Les pages étaient lourdes, chargées de noms, de dates, de montants. La preuve. Enfin.
— Jules, souffla-t-il dans le micro-cravate, la voix tendue. La grille est coupée ?
Un silence statique. Puis la voix de Jules, métallique mais soulagée :
— Coupée. Mais vise pas large. Je l'ai grillée en surcharge, les relais sont morts une minute, deux au plus. Après ça, le système de secours va se rallumer tout seul. Sors de là. Maintenant.
Alex glissa le registre dans sa veste, ajustant le tissu pour couvrir le renflement. Chaque mouvement tirait sur sa blessure, la douleur lancinante remontant jusqu'à l'épaule. Il rampa à travers l'ouverture que Jules avait découpée dans la ventilation – un passage à peine assez large pour un homme mince, tracé dans le métal avec une précision chirurgicale. Les bords étaient chauds encore, mais Alex s'y faufila, les épaules frottant contre l'acier.
Il déboucha dans un couloir technique, sombre, encombré de câbles et de conduits. Les bruits étouffés du casino venaient de l'autre côté du mur – de la musique, des rires, le cliquetis des machines à sous. Comme si rien ne s'était passé. Comme si, deux étages plus bas, un homme ne venait pas de lui tirer dessus.
— Zoe, dit-il dans le micro. Où tu en es ?
La réponse tarda. Quand elle vint, la voix de Zoe était plate, presque mécanique, avec cette froideur professionnelle qu'elle adoptait quand quelque chose la troublait.
— Les transferts sont en cours. Je fais le premier lot maintenant. Mais j'ai un problème.
— Quel genre de problème ?
— Le compte miroir. Celui qui devait recevoir les fonds. Il ne répond plus.
Alex s'arrêta net, le dos contre le mur froid, son souffle sifflant dans sa gorge. Sa blessure battait comme un tambour.
— Il ne répond plus comment ?
— Il n'y a plus de solde. Vide. Quatre millions et des poussières, volatilisés dans les cinq dernières minutes. Quelqu'un a vidé le compte avant nous.
La pièce sembla tourner autour de lui. Il ferma les yeux, comptant jusqu'à cinq dans sa tête. Le compte miroir était le cœur du plan. Zéro trace, zéro lien. Ils y avaient déposé l'argent de Viktor, les avances, les fonds de départ. Et maintenant...
— Les transferts que je pousse, reprit Zoe, ils arrivent dans un compte qui n'existe plus en termes de fonds. La banque va le rejeter ou le laisser passer ? Je ne peux pas le garantir.
— Laisse-les passer. Utilise la fenêtre de validation automatique.
— Alex, si je fais ça, je vais me faire repérer. Je te l'ai dit. Ma couverture tient à un fil et—
— Fais-le. C'est un ordre.
Il n'y eut qu'un bref silence, un blanc dans la ligne qui parlait plus fort que des mots. Puis un clic sec. Zoe avait coupé la communication.
Alex resta un instant immobile, haletant de douleur et de colère. Il avait gagné le registre. Il avait son arme contre Viktor. Mais l'argent – l'argent qui devait les faire sortir, payer ses dettes, donner à chacun une seconde chance – cet argent venait de s'évaporer dans les circuits invisibles d'un compte bancaire qu'il ne contrôlait plus.
Des pas retentirent au bout du couloir. Deux hommes, des gardes en costume noir, marchant d'un pas vif avec les mains dans les poches. Ils n'avaient pas l'air alertés. Pas encore. Ils escortaient simplement un client ou effectuaient une ronde de routine. Alex se plaqua contre l'encoignure d'une porte de service, retenant son souffle jusqu'à ce qu'ils passent. Il regarda sa montre. Deux heures et demie depuis le déclenchement des lasers. Viktor avait dû donner l'alerte. La fenêtre se rétrécissait.
Il prit le chemin des sous-sols, méticuleusement étudié la veille avec Zoe. Le tunnel de service qui menait à la rue Grimaldi, puis l'égout, puis la voiture garée près des jardins Saint-Martin. Sa blessure le faisait souffrir, la veste trempée de sang contre le cuir du registre. Mais il avançait d'un pas régulier, méthodique, un compteur dans sa tête.
À la sortie du tunnel, il trouva Jules, adossé à une moto, les mains dans les poches, un air impassible sur le visage.
— Tu as saigné sur ta veste, dit-il simplement.
— Je sais.
— Ils sont venus. Ils ont vidé le compte miroir. J'ai vu ça sur le flux réseau avant qu'il ne disparaisse.
— Zoe m'a dit.
Jules hocha la tête, sa mâchoire serrée, puis tendit un rouleau de gaze et un antiseptique à Alex, tirés d'une poche de son blouson.
— Ça va piquer.
Alex s'appliqua le désinfectant en grimaçant, bandant la plaie d'un geste expert. Il avait pansé assez de blessures de poker et de bagarres pour savoir faire ça les yeux fermés.
— C'est Viktor, dit-il à voix basse. Il était dans la chambre forte. Il avait un accès direct aux lasers. Il savait précisément quand j'arriverais.
— Donc le plan était grillé avant d'avoir commencé.
— Le plan est encore debout. Le registre est là. Mais l'argent... l'argent était la seule chose qui nous protégeait.
Jules alluma la moto, le moteur grondant doucement dans le silence de la ruelle.
— Je peux vérifier les mouvements du compte miroir. Essayer de trouver où ils ont déplacé les fonds avant qu'ils ne remontent leur trace.
— Fais-le.
— Je préviens Zoe ?
Alex hésita. Il pensait à sa voix froide, au clic de sa coupure. Son mensonge sur le cimetière, sa blessure, la flèche de son regard dans le rétroviseur. Il devait la prévenir. Mais il savait qu'elle le prendrait mal.
— Je la rejoins. Tu lances la vérification depuis la cache. Je te rappelle dans une heure.
Jules disparut dans la nuit, la moto filant sans un bruit entre les façades de marbre et les palmiers. Alex resta seul quelques secondes, pressant le registre contre sa blessure, sentant les contours des pages sous le cuir. Un fichier. Une liste. Des preuves contre des hommes puissants.
Mais à quoi bon une preuve quand il n'y a plus rien à négocier ?
Il marcha vers le van. Les lumières de la ville étaient hautes, éclatantes, la fête du Grand Prix battant son plein dans les hôtels et les clubs alentour. Le van était stationné près du port, une camionnette blanche anonyme, garée entre un yacht club et un chantier naval. Il monta à l'arrière. L'écran central montrait une carte du réseau de la banque princière, des lignes rouges pour les transferts bloqués, des lignes vertes pour ceux qui étaient passés. Beaucoup de rouge.
Zoe était assise dans le siège pivotant, les écouteurs autour du cou, les yeux fixés sur plusieurs fenêtres de code qu'elle faisait défiler sans le voir vraiment. Elle ne se retourna pas quand il entra.
— Tu as coupé la communication, dit-il.
— Tu m'as posé un ultimatum. Je n'aime pas les ultimatums.
— Zoe, ce compte devait être plein. Viktor l'a vidé. Il nous a doublés.
Elle se tourna enfin. Son visage était calme, mais ses yeux – froids, précis – avaient une lueur qu'il connaissait trop bien. Celle qui précédait l'abandon.
— Je le sais. Je l'ai vu se vider. J'ai assisté à notre propre braquage à distance, comme une spectatrice. C'est presque drôle.
— Ce n'est pas drôle.
— Non, ce n'est pas drôle. C'est fini, Alex. Le dossier, le registre, tout ça – c'est une vieille histoire de vengeance. Moi, je dois encore survivre après ça. Et ma couverture numérique brûle à chaque seconde où je reste en ligne.
Elle sortit une clé USB de sa poche et la déposa sur le tableau de bord.
— Les journaux de transfert complets. Toutes les traces de ce qui a bougé ou pas. C'est tout ce que je peux te laisser.
— Tu pars.
— Je t'avais prévenu. Tu as choisi de me mentir sur le cimetière plutôt que de me faire confiance. Alors oui, je pars.
Alex voulut trouver les mots. Une explication, une excuse, quelque chose qui la retiendrait. Mais sa blessure le brûlait, son esprit était encore dans la chambre forte, sous les lasers de Viktor, et le silence entre eux était lourd de tout ce qu'il n'avait pas dit.
Zoe attendit quelques secondes. Puis elle ramassa son sac, passa devant lui sans un regard, et ouvrit la porte du van.
— Le système de réconciliation se déclenche dans trois heures. Tu as trois heures pour décider quoi faire de ce registre.
Elle disparut dans la nuit, la porte claquant derrière elle.
Alex resta seul dans le van, assis devant l'écran où les lignes rouges s'accumulaient, le registre sur ses genoux, son sang séchant dans sa manche. Il pensa au cimetière. À l'inconnu qui l'avait guidé à travers des messages anonymes. À son père. Au cadran d'horloge et au signal lumineux qu'il était censé envoyer.
Trois heures.
Dans le silence du van, seul avec sa douleur et ses doutes, il n'avait toujours pas la moindre idée de qui se tenait réellement de l'autre côté de la grille.
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