Monte-Carlo en Flammes
Lire le chapitre 30: The Sting Setup
L’air du hangar sentait la poussière, l’huile brûlée et la sueur. Alex avait les mains appuyées sur la table pliante au centre de la pièce, les jointures blanches. Autour de lui, Zoe tapait à une vitesse folle sur son clavier posé en équilibre sur un jerrycan, Jules faisait les cent pas en pressant un sac de glace contre sa clavière meurtrie, et Laurent était déjà parti, la mallette du registre coincée sous le siège de sa voiture, direction San Remo.
« On n’a plus le temps pour la subtilité, dit Alex. Viktor veut me faire porter le chapeau. Il veut le registre. Il veut que je sois le fou qui a braqué sa propre maison. »
Jules s’arrêta. « Et si on le privait de son arme ? »
Zoe releva la tête, un éclat dans les yeux. « Pas le registre. La réputation. »
Alex la regarda. « Explique. »
Zoe fit pivoter son écran. Une mosaïque d’écrans de sécurité, de flux financiers, de captures de conversations. « J’ai tout ce qu’il faut. Les circuits de blanchiment, les comptes offshore, les transferts horodatés pendant les week-ends de Grand Prix. Le système de Viktor est une machine parfaite… mais une machine, ça se grippe quand on lui met du sable dans les engrenages. »
« On ne peut pas le balancer à la police, il a trop de monde dans sa poche », rappela Jules en s’asseyant sur un fût métallique.
« On ne balance pas à la police, dit Alex. On balance au public. »
Il se redressa, les épaules soudain plus droites. L’idée prenait forme dans son esprit comme une main qui serre un jeu truqué.
« Le Grand Prix. Toutes les chaînes du monde diffusent. Les réseaux privés du casino, la boucle interne, les écrans géants de la Piscine. Robert est toujours au poste technique du tunnel Sainte-Dévote. Il contrôle l’alimentation vidéo de tout le circuit. »
Zoe ouvrit la bouche, puis la referma. Une seconde plus tard, elle souriait. « Tu veux pirater le direct de la course pour exposer Viktor ? »
« Je veux que le monde entier voie ce qu’il fait. Pas seulement les flics. Pas seulement les syndicats. Les sponsors. Les banques. Les actionnaires. Ceux qui le protègent l’abandonneront dès que son nom sera boueux en mondovision. »
Jules siffla doucement. « C’est de la dynamite, Alex. Mais tu connais le prix. Viktor ne se contentera pas de te tuer. Il va démolir tout ce qu’il touche. »
« Il va déjà essayer de me tuer. Autant lui donner une raison. »
Zoe pianota une série de commandes. « J’ai besoin du code d’accès au multiplex du circuit. Le système de Robert n’accepte que les identifiants internes de l’Automobile Club de Monaco. Sans ça, je peux hésiter à injecter quoi que ce soit, et la sécurité va repérer l’intrusion en moins de trente secondes. »
Alex sortit son téléphone, composa un numéro qu’il connaissait par cœur. Trois sonneries. Puis la voix rocailleuse de Robert.
« Alex. Tu as une drôle de façon de me remercier, toi. La police est venue me poser des questions à ton sujet hier. »
« Je sais. Ils te parlent, mais ils n’écouteront pas ce que je vais te dire. J’ai besoin de ton multiplex. Samedi, pendant la course. Cinq minutes de coupure. »
Silence au bout de la ligne. Alex entendait le bourdonnement des machines du tunnel en arrière-plan.
« Tu veux détourner le signal de la plus grande course de l’année pour faire quoi, exactement ? »
« Prouver que ton employeur de luxe est en réalité une lessiveuse à argent sale. Sauver ma peau, et peut-être la tienne. Parce que si Viktor tombe, il entraîne tout le monde. »
Nouveau silence. Puis un rire bref, presque triste.
« Tu as toujours su vendre du rêve, Renault. Mais je connais les risques. Le multiplex central est à la fois le plus surveillé et le plus sensible. Si je te donne l’accès, et qu’on se fait prendre, c’est vingt ans pour complicité de piratage, au mieux. »
« Je ne te demande pas de tout donner. Juste de laisser une porte ouverte. »
Robert souffla dans le combiné. « La fenêtre de maintenance programmée est fixée à 14 h 40. Dix minutes avant le départ. Le flux est commuté sur le multiplex de secours pendant quatre-vingts secondes. Tu auras quatre-vingts secondes pour injecter. C’est tout ce que je peux faire. »
« Quatre-vingts secondes, mais c’est un poème, dit Alex. Merci. »
« Ne me remercie pas. Remercie-moi en m’envoyant un mot de prison. »
La ligne coupa. Alex se tourna vers Zoe. « Tu as entendu. Samedi, 14 h 40. Quatre-vingts secondes. »
Zoe se mordit la lèvre, les doigts déjà à l’œuvre. « C’est court. Je vais devoir préparer le paquet image et son à l’avance. Un clip de trente secondes suffirait. Mais il faut que ce soit béton, accablant, immédiatement compréhensible. »
« Une minute est un luxe, dit Jules. Même la télé chimérique fonctionne par coupures nerveuses. Fais un montage : les comptes, les transferts, les noms de codes. Le Notaire. La Banque des Neiges. Et le visage de Viktor en train de sourire pendant qu’il signe des chèques à la mort. »
Zoe hocha la tête, déjà dans son monde. « Je vais construire le fichier en boucle continue. Si nous avons quatre-vingts secondes, nous diffusons les soixante dernières, et nous espérons que les fournisseurs de contenu ne couperont pas immédiatement. »
Alex s’accroupit devant elle, le visage à hauteur de l’écran. « Il faut aussi une couche d’indirection. On ne peut pas que ça vienne de nous. Il faut que ça vienne du casino lui-même. »
Jules cligna des yeux. « Comment ça, du casino ? »
« La Piscine diffusera l’événement. Les écrans géants de l’hôtel, les salons privés, le rooftop. Tout le monde regarde la course. Si notre signal est injecté depuis le réseau interne du casino, et pas depuis un satellite, ça semblera venir de l’intérieur. Comme si quelqu’un du casino dénonçait Viktor. »
Zoe se concentra. « J’ai toujours une porte ouverte dans le système de gestion des écrans, grâce à mon accès d’hier soir. Je peux router le contenu via les serveurs du casino. Ils croiront que c’est une annonce officielle. Parfait pour semer la confusion. »
Alex se releva, regarda sa montre. « On a moins de quarante-huit heures. Alors on se prépare. Zoe, tu montes le fichier. Jules, tu t’occupes des egos et des armes. Moi, je m’occupe de Viktor. »
« Te pointer à l’échange ? demanda Jules. Tu veux vraiment le rencontrer à l’aube à la Piscine ? »
« L’échange est un piège. Il sait que je ne pourrai pas livrer le registre. Il veut me faire sortir, me prendre en photo, couvrir mon absence. Pendant ce temps, son avocat prépare le dossier qui me fais accuser de tout. »
Alex attrapa sa veste sur une chaise. « Mais si nous préparons un poison, il faut que Viktor soit là, bien visible, au moment où il explose. Alors j’irai à l’échange. Et je le laisserai croire qu’il a gagné. »
La porte du hangar grinça. Une silhouette se profila dans l’encadrement, accompagnée du cliquetis d’une chevalière contre le métal. Alex se retourna, la main glissant vers la crosse de son arme.
Un homme en costume sombre, la soixantaine, les cheveux gris plaqués en arrière. Malgré sa montre élégante et son sourire lisse, il n’avait rien d’un touriste.
« Renault. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais j’ai beaucoup entendu parler de vous. »
Alex planta son regard dans le sien. « Qui êtes-vous ? »
L’homme sortit une carte de visite de sa poche intérieure, la posa sur la table sans la lâcher.
« On m’appelle Le Notaire. Viktor m’envoie vous souhaiter une bonne course. »
Le visage d’Alex se durcit. Il venait de comprendre que leur plan, né il y a seulement quelques minutes, allait devoir survivre à bien plus qu’à une simple course contre la montre.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.