Monte-Carlo en Flammes
Lire le chapitre 33: The Final Face-Off
La chaleur du port collait encore à sa chemise quand Alex poussa la double porte du bureau. Viktor ne leva pas les yeux tout de suite. Il était assis derrière son bureau d'acajou, le regard fixé sur l'écran où la fuite tournait en boucle, silencieuse. Le son était coupé. Viktor regardait sa propre image, dix ans plus jeune, signer un ordre de virement vers un compte des îles Caïman.
— Tu as mis du temps, dit Viktor sans se retourner.
Alex referma la porte derrière lui. Le verrou claqua. Dans sa poche, la clé de déclenchement pesait contre sa cuisse.
— Tu savais que je viendrais.
— Tu es prévisible, Alex. C'est ta plus grande faiblesse. Et ta plus grande force, ironie du sort. Les croupiers prévisibles sont ceux qui gardent leur table propre.
Alex fit trois pas dans la pièce. Le bureau sentait le cigare froid et l'encaustique. Un homme seul, dans une pièce qui sentait le propre, avec des mains pleines de sang.
— C'est fini, Viktor. Les caméras internes jouent ta vie en boucle. Le Grand Prix commence dans trente-cinq minutes. Dans une heure, le monde aura vu tes petits films.
Viktor pivota lentement dans son fauteuil. Il tenait une clé USB entre le pouce et l'index, la faisant tourner distraitement.
— Tu crois que ça me touche ? Ces images montrent des choses que la moitié des membres du conseil d'administration ont déjà vues. Elles montrent des choses que j'ai faites, oui. Elles ne montrent pas ce que j'ai *fait faire*.
— Ça suffira. Le syndicat te lâchera. La banque te gèlera. Tu as vidé ton compte d'urgence ce matin, mais tout le reste...
— Ah, le compte d'urgence. Tu l'as vu partir, n'est-ce pas ? Quatre-vingts millions. Un geste d'assurance. Mais le reste...
Viktor se leva. Il était plus grand qu'Alex s'en souvenait. Dans cette pièce, sans la distance du casino, il remplissait l'espace.
— Le reste, c'est ici, dit-il en tapotant la clé USB. La vraie réserve. Celle que personne ne connaît. Pas même le syndicat. Pas même Le Notaire. Deux cent quarante millions, Alex. Propres. Liquides. Répartis sur douze comptes dormants depuis quinze ans.
Alex ne bougea pas.
— Pourquoi tu me racontes ça ?
— Parce que tu as une fenêtre de trente-cinq minutes, et moi une clé USB. Le temps presse pour nous deux. Alors écoute-moi bien.
Viktor posa la clé sur le bureau entre eux. Un geste lent, calculé.
— On partage. Cinquante-cinquante. Les comptes sont structurés pour être scindés en deux heures. Mes avocats à Genève ont déjà préparé la documentation. Tu prends ta part, tu disparais. Je prends la mienne, je disparais. La fuite continuera, je serai ruiné en apparence, mais personne ne me cherchera parce que personne ne saura que j'ai gardé quelque chose.
— Et le syndicat ?
— Le syndicat, mes dettes, le prêteur de ta petite Zoe — tout ça devient du passé. On nettoie les comptes, on paie les démons, on s'évapore. Tu redeviens libre, Alex. Vraiment libre. Pas juste libre de la dette. Libre du nom. Libre de Monaco.
Alex regarda la clé. Deux cent quarante millions. La moitié suffirait à effacer sa dette, à régler celle de Zoe, à faire disparaître toute trace de leur existence. Il pensa à la chambre qu'il louait au-dessus du bar, aux six ans de regards en biais, à la haine tranquille qui l'avait porté.
— Et les morts ? demanda-t-il.
Viktor haussa un sourcil.
— Les morts sont morts. C'est un concept universel.
— Jules.
— Ah. Le comptable. Il est vivant. Je l'ai relâché, tu l'as récupéré. Échec et mat pour moi, bravo à toi. Personne d'autre ne manque à l'appel.
— Le Notaire.
— Le Notaire est un outil. Les outils se rengagent.
Alex fit un pas de plus. Il sentait la clé dans sa poche contre sa cuisse, la chaleur de sa peau à travers le tissu. Quarante millions. Trente millions. Assez pour tout effacer.
— Non.
Viktor cligna des yeux. Une fraction de seconde trop lente.
— Pardon ?
— Tu as entendu. Non. Je ne partage rien avec toi. Je ne prends rien de toi. Ce que tu es, Viktor, ce que tu as fait — ça ne s'achète pas. Ça ne se divise pas. Ça se vomit.
Un silence. Le premier vrai silence de la conversation. Alex vit quelque chose passer dans les yeux de Viktor — pas de la colère. Du calcul. Puis la main de Viktor jaillit, attrapa la clé, tourna le corps avec une vitesse que sa carrure ne laissait pas présager. Alex réagit une demi-seconde trop tard : le poing le frappa à la mâchoire, un impact sec qui fit exploser des étoiles blanches derrière ses yeux. Il recula, heurta une chaise, la renversa.
Viktor était déjà derrière le bureau, tirant un tiroir, extirpant un pistolet compact qu'il pointa sans viser. Le claquement de la culasse fut net dans la pièce feutrée.
— Tu es un imbécile, Alex. Un brillant imbécile. Mais imbécile.
Alex essuya le sang de sa lèvre. Sa mâchoire pulsait. Il recula d'un pas, cherchant l'angle, le moment.
— Tire, dit-il. Vas-y. Tire. Les coups vont attirer la sécurité. La fuite tourne. Ils te trouveront avec un flingue et une clé USB pleine de preuves. C'est ça ton plan ? Finir en cavale avec une balle dans le dos de ma faute ?
Viktor hésita. Une hésitation minuscule. Alex fondit.
Il plongea bas, attrapant le pied du bureau, tirant vers lui. La masse d'acajou bascula — Viktor lâcha un coup de feu qui fracassa une lampe, le bruit assourdissant dans l'espace clos — puis le bureau s'écrasa contre ses jambes, le déséquilibrant. Viktor tomba à la renverse, le pistolet claqua sur le parquet, glissa sous un meuble bas. La clé USB roula sur le marbre, tournoya sur elle-même.
Alex se jeta dessus, ses doigts frôlant le métal froid. Viktor lui attrapa la cheville, tira violemment. Alex bascula, sa joue heurtant le sol. Il sentit les mains de Viktor sur son épaule, le tirage, l'écrasement du poids. Ils roulèrent, un combat sale de coudes et de genoux sur le marbre.
Alex trouva l'ouverture — le menton de Viktor, exposé une seconde pendant qu'il cherchait sa prise. Son crâne partit en avant. Impact sourd. Viktor gronda, lâcha prise, roula sur le côté. Alex remit la main sur la clé, la serra dans son poing, se releva en titubant.
Il haletait. Le sang coulait de son sourcil. Par-dessus l'épaule, il vit Viktor à genoux, respirant fort, les yeux fixes sur la clé dans sa main.
— Ce n'est pas fini, dit Viktor. Le Grand Prix à quarante minutes. La fuite tournera. Mais je trouverai un moyen. Je trouve toujours un moyen.
Alex porta la clé à sa poche, la glissa près du trigger, regarda Viktor droit dans les yeux.
— Pas cette fois. Cette fois, le moyen est de l'autre côté.
Il recula vers la porte, garda le regard sur Viktor jusqu'au dernier instant. Puis il sortit, laissant l'homme entre les débris de son bureau et les images de ses crimes qui continuaient de défiler en boucle sur l'écran silencieux.
Il consulta sa montre. Trente-deux minutes. La clé de déclenchement dormait dans sa poche, chaude contre la clé USB.
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