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Monte-Carlo en Flammes

Lire le chapitre 9: Sponsor's Secret

Les stands sentaient le caoutchouc brûlé et l’essence, cette odeur familière que Jules avait appris à aimer pendant quinze ans de mécanique. Mais aujourd'hui, elle lui retournait l'estomac.

Il était accroupi derrière le mur de pneus, le boîtier de brouillage dissimulé dans une mallette à outils marquée *Ferrari*, celle qu'il avait réussi à faire passer sous le nez des inspecteurs. La course était dans deux jours. Le timing ne pardonnait rien.

— Jules.

La voix venait de derrière. Il se retourna, la main sur le tournevis dans sa poche. C'était Éric, le coordinateur logistique du team *Renault-Alpine*, un homme au visage buriné qui avait connu Mathieu.

— Tu connais le nouveau sponsor ? dit Éric en lui tendant une tablette. La com' demande une vérification de leur stock pour les bannières de pitlane.

Jules prit la tablette. Le logo était propre, moderne : un cercle argenté, une ligne bleue qui le traversait. *Montecorp Capital Solutions*. Les lettres étaient fines, discrètes.

Son sang se glaça.

Il zooma sur le bas du document. Adresse enregistrée : 14 Quai Albert Ier, Monaco. Dépositaire : Viktor Sokolnikov.

— Depuis quand ils sont sur le programme ? demanda Jules, la voix plus tendue qu'il ne l'aurait voulu.

— Deux semaines. Ils ont signé à la dernière minute — un montant très généreux, visiblement. Trois fois le tarif habituel.

Trois fois. Une couverture. *Viktor avait infiltré le team de son frère directement.*

— Éric, tu as une copie de leur contrat d'approvisionnement ?

— Pourquoi ? Ça te semble suspect ?

— Non, non. Juste... pour la configuration. Règlement technique. Ils ont peut-être des exigences sur les sigles, je veux les dimensions exactes.

Le mensonge sortit facilement. Quinze ans à mentir aux directeurs de course pour des gains de dixièmes de seconde, ça formait un homme.

Éric haussa les épaules et lui envoya le dossier par AirDrop. Jules quitta le stand sans un mot, traversa le paddock, passa les barrières de sécurité avec son badge et se dirigea vers le port.

Alex l'attendait près des chantiers navals, sous le ventre d'un yacht en cale sèche. Il avait les yeux rouges d'une nuit blanche passée dans les tunnels, mais il semblait électrisé, presque fébrile.

— Alors ? dit Alex.

— Il est partout. T'es au courant que le team porte ses couleurs depuis deux semaines ?

— Montecorp. Oui.

— Tu *savais* ?

Alex sourit d'un air las. Il alluma une cigarette, souffla la fumée vers la jetée.

— J'avais un pressentiment. Les sponsors ne changent pas de créneau deux semaines avant le Grand Prix sans raison. Surtout pour un team qui a perdu son pilote principal il y a un an. Il fallait qu'il garde l'œil sur le serveur de Mathieu.

— Le serveur, dit Jules. Le même qu'il contacte chaque nuit ?

— Oui. Il ne peut pas y accéder sans couverture légale. Montecorp est l'actionnaire de la structure. Il a signé un contrat qui lui donne accès aux données techniques. Personne ne trouve ça suspect qu'un financier veuille vérifier les performances des systèmes de télémétrie.

— Mais les données de Mathieu ne sont pas de la télémétrie.

— Non. C'est un dossier crypté avec une clé de domaine *renault.leger*. La même qu'on a trouvée sur le serveur. Viktor cherche toujours quelque chose là-dedans. Et il sait que quelqu'un sait.

Jules posa sa mallette. Le bruit métallique résonna sur le béton.

— Il te tient, Alex. Il a acheté le team, les assurances, les inspecteurs, les pivots. S'il fallait qu'on soit des pions, on l'est déjà. On joue dans un jeu dont il a écrit toutes les règles.

— Pas toutes.

Alex sortit un téléphone jetable de sa poche. Il le fit tourner entre ses doigts, hésitant visiblement à composer un numéro.

— L'autre nuit, dans les tunnels, j'ai vérifié les lasers. Les plans de Viktor étaient corrects sur la moitié du réseau. L'autre moitié, celle qui protège le coffre central, a été *ajoutée* — câblée il y a trois semaines, trois jours après le début de notre montage. Quelqu'un a fait modifier la sécurité du casino à son insu.

Jules comprit avant qu'Alex finisse sa phrase.

— Il y a un autre joueur.

— Mon frère, dit Alex. Mathieu avait un plan, Jules. Je ne sais pas lequel. Je ne sais pas pourquoi il était dans cette voiture cette nuit-là. Mais je sais maintenant que le dossier rouge qui a disparu de son garage contenait quelque chose que Viktor veut détruire et que quelqu'un d'autre veut récupérer.

— Et tu veux le récupérer avant les deux.

— Je veux appeler quelqu'un qui cherchait déjà ce dossier il y a un an. Une personne qui n'a jamais arrêté.

Jules regarda les mots passer. L'idée était folle. Dangereuse. Mais il avait vu la liste des ressources de Viktor défiler sur la tablette — plus de cinq millions d'euros par an injectés dans une structure de course morte. Personne ne dépense ça pour de la télémétrie. Personne ne dépense ça pour des souvenirs.

— Qui ? demanda Jules. Tu as un contact dans le monde souterrain monégasque qui chasse depuis un an un dossier que tu n'as même pas confirmé qu'il existe ?

— Il s'appelle Etienne Mercier. Ancien commissaire aux comptes du Casino. Radié en 2005. Il a travaillé sur les comptes de mon père avant que celui-ci ne disparaisse.

— Disparaisse ?

Alex écrasa sa cigarette sous sa botte. Son regard se perdit vers le rocher, vers la masse blanche du Casino qui brillait dans la lumière du matin.

— On n'a jamais retrouvé le corps. Officiellement, il est parti en Suisse avec une valise pleine d'argent. Officieusement... il y a quatorze ans, Viktor avait vingt-cinq ans et sa première société offshore. Et il avait un associé à la table de la banque qui signait les virements du Monte-Carlo.

Le silence s'étira entre les deux hommes. Les mouettes criaient au-dessus de la marina. Le son des moteurs F1 en essais grondait au loin.

Jules souleva la mallette. Le boîtier de brouillage pesait plus lourd soudain, comme si chaque gramme de plastique et de cuivre lui rappelait ce qu'il sacrifiait peut-être.

— Et Zoe ? dit-il. Elle est dans le labo, sur le serveur. Tu veux qu'elle voie autre chose que les données de la caisse ?

— Il faut qu'elle cracke la clé maintenant. Cette nuit. Pas dans trois jours. Viktor est connecté toutes les vingt-deux heures. S'il n'a pas trouvé ce qu'il cherche, il nous reste un créneau — celui d'avant sa prochaine connexion.

— Et si elle échoue ? Si la clé est incomplète ?

Alex ne répondit pas tout de suite. Il regarda les conteneurs, les grues, les yachts massifs qui dansaient sur l'eau comme des financiers arrogants.

— Alors, on entre dans la chambre de Viktor avant demain et on lui demande personnellement ce qu'il cherche.

Jules rit, sans joie.

— C'est une déclaration de guerre, Alex.

— La guerre a commencé le jour où mon frère est mort dans ce virage. Je viens de comprendre que j'étais le seul à ne pas l'avoir encore acceptée.