Obturateur et Silence
Lire le chapitre 33: A Legal Claim
Le courrier arriva un mardi, sous la forme d'un homme en costume gris qui se tenait dans l'embrasure de la porte du studio, une enveloppe kraft à la main comme s'il portait un serpent mort.
« Mademoiselle Ellis ? »
Mara essuya ses doigts tachés de révélateur sur son jean. Elle n'avait pas dormi depuis la révélation de la photo impossible, l'image de Whitmore derrière Robbie, encore fixée sur le fil de séchage dans la chambre noire.
« Oui. »
L'homme lui tendit l'enveloppe. « Assignation. Plainte pour rupture de contrat de la part de votre ancien employeur. »
Robbie sortit du local de répétition, sa basse encore en bandoulière. « Qu'est-ce que ça veut dire ? »
Mara déchira l'enveloppe. Le texte juridique dansait sous ses yeux — « vente de photographies sans autorisation », « violation de l'accord de travail indépendant », « dommages et intérêts réclamés ». Whitmore lui intentait un procès pour les photos de concert qu'elle avait vendues au label.
« Il réclame quinze mille livres », dit-elle, la voix plate.
L'homme de loi s'était déjà éclipsé.
Dans la salle de tribunal, trois semaines plus tard, l'air sentait le vernis et le désespoir. Mara s'assit seule à la table des défendeurs, une pile de ses tirages posée devant elle. Pas d'avocat. Elle avait dépensé ses économies pour les frais de procédure, et Lenny avait récupéré son agrandisseur.
« Vous avez le droit à une représentation légale », dit le juge, un homme aux lunettes épaisses qui la regardait comme on regarde un accident.
« J'ai le droit à justice, monsieur le juge. Je les représenterai moi-même. »
De l'autre côté de l'allée, Whitmore était flanqué de deux avocats en costumes taillés sur mesure. Il souriait à peine, mais la suffisance dégoulinait de lui comme une sueur froide.
Le premier jour fut une hémorragie.
L'avocat de Whitmore, un homme nommé Penworthy à la voix de crème aigre, la dépeça méthodiquement. « Mademoiselle Ellis a travaillé pour mon client en tant que pigiste rémunérée. Ses photographies, prises dans le cadre de missions commandées, constituent des œuvres réalisées pour le compte de mon client. Lorsqu'elle les a vendues à des tiers— »
« Objection », dit Mara. Sa propre voix lui semblait étrangère. « Les photos en question ont été prises lors de soirées privées, en dehors de toute mission. Je n'ai jamais signé de cession de droits. »
Le juge la regarda par-dessus ses lunettes. « Pouvez-vous le prouver ? »
Elle montra ses carnets de commande. Ses reçus. Ses tickets de métro pour se rendre aux concerts de son propre chef. Mais sans ses négatifs volés — retournés à Dex, toujours entre ses mains comme une bombe — elle ne pouvait pas prouver la chronologie exacte. Chaque pièce qu'elle présentait semblait fragile, imprécise, écrite au crayon.
Penworthy la transperça avec une seule phrase : « Mademoiselle Ellis, combien avez-vous gagné grâce à mon client cette année ? »
Elle hésita. « Trois cent vingt livres. »
« Et combien avez-vous gagné en vendant les photographies que vous avez prises en dehors de votre mission ? »
Silence.
« Deux mille quatre cents livres, répondit-elle finalement.
« Donc, vous avez converti votre position de pigiste privilégiée en un revenu parallèle substantiel, sans jamais informer mon client de ces ventes. »
Le deuxième jour, le tribunal était plus rempli. La nouvelle du procès avait fuité — un photographe débutant contre le magnat de la musique londonien. Les bancs du public contenaient des journalistes aux crayons frémissants. Quelques musiciens étaient venus, anonymes sous leurs lunettes de soleil.
Le juge appela le premier témoin de la défense.
« Monsieur Robert Kane », annonça l'huissier.
Robbie monta à la barre. Il portait une chemise blanche, propre, sans son cuir habituel. Ses cheveux étaient encore humides, comme s'il s'était douché précipitamment pour laver la poussière du studio. Il s'assit. Ses mains — des mains de bassiste, des doigts calleux — s'étaient posées sur ses genoux, immobiles.
Penworthy l'observa avec satisfaction. « Monsieur Kane, vous êtes le bassiste du groupe The Unknowns, n'est-ce pas ? »
« Oui. »
« Vous étiez présent lorsque ma cliente a photographié votre groupe. À plusieurs reprises. »
« Oui. »
« Pouvez-vous décrire au tribunal les circonstances de ces prises de vue ? »
Robbie cligna des yeux. Il avait l'air ailleurs, quelque part loin derrière les murs lambrissés.
« Les Unknowns jouaient. Mara était là. Elle prenait des photos. C'est tout. »
« Et ces séances étaient rémunérées ? Commandées par M. Whitmore ? »
« Non. » Sa voix était ferme, calme. « M. Whitmore ne venait que pour l'argent. Mara venait pour la musique. »
Un murmure dans la salle. Whitmore se crispa. Penworthy changea d'angle.
« Est-ce exact que Mademoiselle Ellis était engagée pour photographier les concerts de votre groupe sous l'égide de M. Whitmore ? »
« Elle était engagée pour photographier quand SAMM — la société de M. Whitmore — organisait une soirée. Mais les concerts, les répétitions, les sessions qui n'étaient pas dans son carnet ? » Il sortit son portefeuille. En tira une photographie — le premier portrait que Mara avait fait de lui, noir et blanc, sa cigarette se consumant en spirale. Il la tint devant lui sans trembler. « Celle-ci, par exemple. Elle me l'a donnée. Elle me l'a donnée de sa propre main, dans un bar de Camden, avec de la pluie sur les épaules, parce qu'elle avait vu quelque chose en moi que personne n'avait jamais pris la peine de voir. C'est un don, monsieur le juge. Pas une marchandise. »
Le juge examina la photo. « Vous l'avez conservée ? »
« Chaque jour depuis ce soir-là. Dans ma poche. » Il la remit soigneusement dans son portefeuille, puis dans sa poche — juste là, contre son cœur. « Quand quelqu'un vous confie quelque chose qui lui a coûté, vous ne le laissez pas traîner. »
Dans la salle, une femme journalistes écrivait frénétiquement. Mara vit sa main suspendue au-dessus de la page, comme si elle aussi retenait son souffle.
Penworthy tenta de reprendre la main. « Vous aviez une relation amoureuse avec Mademoiselle Ellis au moment de ces supposés "dons" ? »
L'huissier n'eut pas à intervenir. Le juge le fit. « Maître Penworthy, la nature personnelle de la relation entre le témoin et la défenderesse n'a aucune incidence sur la question de savoir si le travail a été commandé ou non. Il s'agit d'une œuvre donnée. Le don est un acte juridique qui n'implique pas de cession de droits commerciaux. »
Mara sentit ses mains trembler. Elle ne s'y attendait pas. Le juge venait de poser, pour la première fois, un cadre légal autour de son combat.
« Demande la parole, monsieur le juge. »
« Accordée. »
Elle se leva, ses jambes faiblissant sous elle. Elle avait répété ce discours dans la chambre noire, dans les toilettes du tribunal, dans les interludes où elle n'écoutait pas les objections de Penworthy.
« J'ai commencé à photographier il y a sept ans, avec un appareil volé à mon beau-père parce que je n'avais pas d'argent pour en acheter un. Depuis, chaque photo que j'ai prise, je l'ai prise parce que le monde me demandait : est-ce que tu oses ? Est-ce que tu oses regarder la vérité, et la montrer ? »
Elle sortit son portfolio. Devant le juge, elle l'ouvrit — toutes les photos qu'elle avait prises pendant ces années, non signées, non datées, mais vivantes. Robbie en concert. Danny à la guitare, avant. Les rues de Londres à l'aube quand la nuit ne voulait pas finir.
« Cette œuvre n'appartient pas à celui qui a fourni le film. Elle n'appartient pas à celui qui a fourni la salle de concert. Elle appartient à celui qui a choisi de la voir, de s'y engager, de risquer quelque chose en la prenant. » Elle ferma le portfolio. « Je demande que le tribunal reconnaisse mon droit d'auteur sur mes propres photographies. Pas un privilège. Un droit. »
Elle se rassit. Dans son dos, elle sentit le regard de Robbie — poche contre cœur, photo contre cage thoracique. Elle n'avait pas besoin de se retourner.
Penworthy parla. Mara n'écouta pas.
Sur le banc du troisième rang, elle vit Dex se lever et partir, son avocat le suivant comme un trouble-fête. Le réseau se fissurait.
Le juge clôtura les débats à dix-sept heures. Il rendrait sa décision dans trois jours.
Trois jours avant Brighton. Trois jours avant le jugement.
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