Or et Poussière
Lire le chapitre 19: The Rescue
La neige tombait drue quand Maeve et Eli longèrent le mur ouest de l’entrepôt de Price. Le vent hurlait entre les planches mal jointes, couvrant leurs pas. Maeve serrait le col de son manteau, le froid mordant ses joues comme un avertissement.
— Tu es sûr que c’est là ? chuchota-t-elle.
Eli hocha la tête, les yeux fixés sur la porte latérale. Sous son chapeau, son visage était tendu, presque gris. Il portait son revolver à la ceinture, mais Maeve savait qu’ils n’étaient pas armés pour un combat — seulement pour une évasion.
— Smiley l’a dit. Trappe sous le foin, côté est. On entre, on le prend, on sort avant que Price ne s’aperçoive de quoi que ce soit.
— Et si quelqu’un monte la garde ?
— Alors on improvisera.
Maeve déglutit. Improviser, c’était ce qu’elle faisait depuis la mort de Daniel, et chaque fois, ça lui avait coûté quelque chose. Mais cette fois, c’était Silas Provost qui attendait au bout. Un homme qui détenait peut-être la clé de tout.
Eli poussa la porte. Elle céda avec un grincement à peine audible. Il se glissa à l’intérieur, Maeve sur ses talons. L’odeur de foin humide et de graisse les enveloppa — un entrepôt ordinaire, chargé de sacs de farine et de barils de clous. Rien qui suggérât le secret qui dormait dessous.
— Par ici, murmura Eli en indiquant un tas de foin à l’angle.
Ils s’en approchèrent lentement, retenant leur souffle. Maeve tendit l’oreille. Rien. Pas un pas, pas une voix. Trop calme. La sueur perlait dans son dos, pas seulement de chaleur — de peur.
Eli écarta les bottes de foin d’une main prudente. Le rabat de bois apparut, grossier, à charnières rouillées. Il le souleva, et un souffle froid remonta de la cavité, chargé de moisissure et de terre.
— Maeve, surveille la porte, dit-il, déjà agenouillé.
Elle se retourna, scrutant l’obscurité de l’entrepôt. Des ombres dansaient sur les murs, jetées par la lampe à huile qui se balançait près de l’entrée principale. Personne. Pas le bruit d’un pas.
— On y va, dit Eli.
Il descendit le premier dans la fosse. Maeve le suivit, la corde d’une échelle mince entre les doigts. La trappe se referma au-dessus d’eux avec un bruit sourd qui résonna trop fort à son goût.
La cavité était basse, à peine assez haute pour se tenir debout. Une lanterne mourante jetait sa lumière sur un homme recroquevillé au fond, poignets liés, les yeux mi-clos. Silas Provost était pâle, la barbe hirsute, une plaie sombre sur le côté de sa tête. Mais il était vivant.
— Monsieur Provost, souffla Maeve.
Il leva les yeux, écarquillas soudain, comme s’il voyait des fantômes.
— Maeve O’Donnell, murmura-t-il d’une voix rauque. Vous êtes venue.
— Nous sommes venus. Eli s’agenouilla et entreprit de trancher les liens. Pas une minute à perdre.
Silas cligna des yeux, fixa Eli un instant, puis hocha la tête avec une compréhension lente.
— Pinkerton, je suppose. On m’avait dit qu’un agent pourrait venir.
— Vous aviez raison. Eli l’aida à se lever. Silas chancela, s’appuya contre le mur de terre.
— Il faut… il faut que vous sachiez, dit-il d’une voix hachée. Ce n’est pas Price. Je veux dire — Price est un rouage, mais la main qui tourne la manivelle…
— Pemberton, dit Maeve. Nous avons vu son nom sur le titre de propriété.
Silas hocha la tête, les yeux fiévreux. Un frisson le parcourut.
— Pemberton est le cerveau. Il orchestre tout. Les fausses claims, les meurtres déguisés en accidents. Price lui obéit. Et Price m’a fait faire la même chose — il m’a forcé à falsifier les titres. Je devais lui obéir, sinon il s’en prenait à ma famille. Mais quand j’ai compris l’étendue du stratagème, je me suis enfui. J’ai caché des preuves. Dans la grotte gelée.
— La carte, dit Eli. L’autre emplacement, celui que vous n’avez pas indiqué.
Un silence. Silas les regarda tour à tour, quelque chose comme de la peur traversant son regard.
— Vous avez trouvé mon refuge. Alors vous savez déjà qu’il y a une troisième piste. Une que même le ministre n’a pas vue.
— Laquelle ? demanda Maeve, le cœur battant.
— Une lettre. Dans un coffre, chez Pemberton. Elle relie tout : les paiements, les noms des complices. J’étais censé la récupérer la nuit où Price a envoyé ses hommes. Mais il a été plus rapide.
Maeve ouvrit la bouche pour répondre, mais un bruit sourd au-dessus coupa net la conversation. Des pas. Plusieurs paires. Qui se rapprochaient.
— Ils savent, siffla Eli. Sortons.
Il se précipita vers l’échelle, Maeve poussant Silas devant elle. Mais à peine le vieil homme avait-il les mains sur les barreaux que la trappe s’ouvrit à la volée. Un visage apparut dans l’ouverture — un homme de Price, le fusil levé.
Eli réagit plus vite que Maeve ne put le comprendre. Il empoigna la cheville de l’homme et tira. L’inconnu perdit l’équilibre, bascula avec un cri dans la fosse, son fusil tombant dans un bruit mat. Maeve s’en saisit, se rua vers l’échelle, mais Eli la retint.
— Après toi, Silas. Vite.
Le vieil homme grimpa avec une lenteur désespérante, ses mains tremblantes sur chaque barreau. Maeve regarda Eli relever l’homme inconscient, le repousser contre le mur, puis se tourner vers l’échelle. Soudain, un coup de feu claqua dans l’entrepôt au-dessus d’eux. Puis un autre. La voix de Price s’éleva, dure :
— Ferme cette trappe ! Ils ne sortiront pas d’ici !
Maeve n’avait que le fusil. Trois coups chargés. Silas était presque en haut. Elle le poussa, il bascula sur le plancher de l’entrepôt. Derrière elle, Eli grimpa à son tour, quand un craquement sourd déchira le silence — la porte principale venait de céder sous un assaut.
Maeve atteignit la surface. La vision de l’entrepôt s’offrit à elle dans un chaos : Price au centre, revolver au poing, ses hommes convergeant des deux côtés. Silas se tenait debout, bras levés. Eli sortit de la trappe, son arme se levant d’instinct.
Price ne visa pas Eli. Il visa Maeve.
— La propriété, O’Donnell, cracha-t-il. Maintenant.
Eli poussa Maeve d’un geste brusque, se plaçant devant elle. Un coup de feu éclata. Le corps d’Eli sursauta, il porta la main à son épaule, une grimace de douleur lui tordant le visage — mais il resta debout, l’arme toujours levée.
— Personne ne bouge, dit-il d’une voix serrée. Ou je loge une balle dans le cœur de Price avant même qu’il comprenne ce qui se passe.
Silas profita de la diversion. Il se précipita vers Maeve, saisit son bras, et l’entraîna vers la porte latérale. Eli les suivit à reculons, le canon de son revolver braqué sur Price.
Price sourit, froid.
— Vous ne irez pas loin. La neige vous engloutira avant l’aube.
— On a survécu pire, répliqua Maeve, entraînant Silas dehors dans le vent blindé de neige.
La porte claqua derrière eux. Ils coururent dans la tempête blanche, sans direction précise, chacun protestant pour survivre. Maeve tenait Silas par le bras, sentant la faiblesse du vieil homme. Eli courait derrière, la main pressée contre son épaule, le sang tachant la neige à chacun de ses pas.
Ils trouvèrent refuge dans une écurie abandonnée à cent yards du saloon. Maeve ferma la porte, s’adossa contre elle, le souffle court.
Silas tomba à genoux, épuisé. Eli s’effondra contre un mur, arracha son manteau d’un geste brut, la plaie de son épaule béante, sombre.
Maeve les regarda, le cœur cognant. Ils étaient en vie. Pour l’instant. Mais Price savait maintenant qu’ils avaient Silas — et Pemberton était toujours dans l’ombre, riche et intouchable. La lettre dans son coffre, le seul lien qui pouvait le faire tomber, restait hors de portée.
Elle sortit le fusil de son épaule et l’arma. La neige continuait de tomber dehors, comme un linceul.
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