Or et Poussière
Lire le chapitre 21: The Banker's Gambit
La neige s'était arrêtée pendant la nuit, mais le vent hurlait toujours entre les planches mal ajustées de l'hôtel quand Maeve entendit le bruit des sabots. Elle était à la cuisine, en train de faire fondre de la graisse pour panser la plaie d'Eli, et ses mains se figèrent au-dessus du poêle.
Trois chevaux. Peut-être quatre.
Elle s'essuya les doigts sur son tablier et gagna la fenêtre du salon. Les rideaux étaient tirés depuis leur retour clandestin — Eli était installé dans la chambre du fond, la chambre de James, celle qu'elle n'ouvrait jamais. Elle avait menti aux deux pensionnaires qui restaient, parlé d'une chute dans la glace, d'une foulure au poignet. Ils n'avaient pas posé de questions. À Gold Creek, on apprenait à ne pas poser de questions.
L'homme qui descendit de cheval devant son perron n'était pas Price. Il était plus vieux, plus soigné, avec un manteau de laine noire qui lui tombait aux genoux et des gants de cuir fin. Son cheval était un hongre bai bien nourri, la crinière tressée. Il ne ressemblait à rien de ce que Gold Creek produisait, et c'était exactement ce qui fit battre plus vite le cœur de Maeve.
Pemberton.
Elle l'avait vu trois fois dans sa vie. Une fois à l'enterrement de James, la tête inclinée avec une componction si bien récitée qu'elle en avait eu la nausée. Une fois à la banque, pour signer le renouvellement du prêt — il avait été poli, presque paternel, et elle avait été trop épuisée pour flairer le piège. Et une fois, la semaine dernière, à travers la vitre sale du bâtiment de la banque, quand elle était passée devant en se demandant si elle aurait le courage de venir l'affronter.
Elle n'avait pas eu besoin de le faire. Il venait à elle.
Le coup à la porte retentit avant qu'elle ait pris le temps de prévenir Eli. Elle ouvrit à moitié, son corps remplissant l'embrasure.
« Madame O'Donnell. » Pemberton souleva son chapeau, et ses cheveux gris brillèrent sous le ciel de plomb. Il souriait comme on sourit à un enfant qu'on s'apprête à gronder. « Quel plaisir de vous voir en si bonne santé après cette tempête. »
« Monsieur Pemberton. » Elle ne bougea pas. « Les affaires de la banque ne vous appellent donc pas, par un froid pareil ? »
« Les affaires de la banque m'appellent précisément ici. » Il glissa une main sous son manteau et en sortit un rouleau de papier jauni, serré d'un ruban rouge. Il le tapota contre sa paume, comme on caresse un animal familier. « Puis-je entrer ? Ce n'est pas le genre de conversation qu'on mène devant témoins. »
Il y avait un pensionnaire dans le salon, un vieux prospecteur nommé Amos qui somnolait près du poêle, son chapeau rabattu sur les yeux. Maeve jeta un coup d'œil derrière elle, vers le couloir où Eli se trouvait, puis revint vers Pemberton.
« Parlez ici. »
Pemberton haussa les épaules avec un calme désarmant. « Très bien. » Il déroula le papier, lentement, comme un prêtre déroulerait une Écriture. C'était un document de banque, en-tête imprimé, colonnes serrées, et tout en bas, dans la colonne de droite, une signature qu'elle connaissait mieux que la sienne.
Celle de James.
« Le prêt contracté par votre mari le 12 avril de l'année dernière, dit Pemberton. Montant initial : quatre mille dollars. Intérêts composés à sept pour cent par trimestre. Échéance finale : le 1er mars. » Il leva les yeux vers elle. « Nous sommes le 22 février, madame O'Donnell. Et je suis venu vous informer, par courtoisie, que le solde total — principal, intérêts, pénalités de retard — s'élève à ce jour à sept mille deux cent quarante dollars. Faute de règlement complet d'ici une semaine, je serai contraint de faire saisir la propriété et son contenu au nom de la Compagnie Minière Frontière. »
La Compagnie Minière Frontière. Pas la banque. Pas Pemberton lui-même.
Maeve sentit le froid lui monter le long de la colonne vertébrale, mais elle ne baissa pas les yeux. « James a remboursé ce prêt. Il y a des reçus, j'en ai vu la copie dans les livres de la banque, il y a six mois. »
Pemberton inclina la tête, comme si elle venait de dire une chose très charmante. « James a remboursé les intérêts courus. Pas le principal. Il existe une clause — page trois de votre exemplaire du contrat — stipulant que les paiements effectués au cours des douze premiers mois ne s'appliquent qu'aux intérêts et aux frais de gestion. Votre mari, je crois, n'était pas un homme très versé dans les affaires. »
Un claquement derrière elle. Pemberton regarda par-dessus son épaule, et Maeve comprit que le pensionnaire avait cessé de feindre le sommeil. Elle posa la main sur le chambranle de la porte, ses jointures blanchissant.
« Ce prêt a été renégocié. J'ai une lettre de la banque, datée de novembre, attestant que le solde avait été consolidé à deux mille dollars. »
Pour la première fois, quelque chose traversa le visage de Pemberton — non pas de la surprise, mais de l'irritation, une ride entre les sourcils vite effacée. « Cette lettre, l'auriez-vous sur vous ? »
« Elle est dans mon coffre. »
« Alors je vous suggère de l'apporter à ma banque, madame O'Donnell, sitôt la neige fondue. En attendant, je vous laisse ceci. » Il posa le rouleau sur le perron, délibérément, comme on abandonnerait une aumône aux marches d'une église. « Un avis de préparation à saisie. Si vous pensez que votre lettre prévaut, j'aurai grand plaisir à la lire. Mais je vous préviens en toute honnêteté : les documents qu'elle contient ne portent pas votre signature. »
Il remonta sur son cheval avec l'agilité d'un homme qui avait passé sa vie à monter, puis abaissa son regard vers elle. « Je vous souhaite une bonne journée, madame O'Donnell. Et, si je peux me permettre un conseil d'homme plus âgé — ne prenez pas de décisions irréfléchies. Vous êtes encore jeune. Vous pouvez repartir. »
Il tourna la bride et s'éloigna dans la rue, suivi de ses deux hommes de main, et Maeve resta sur le perron jusqu'à ce que le bruit des sabots s'éteigne. Le vent froid lui mordait les joues, et elle tenait le rouleau de papier entre ses doigts sans le voir.
La voix d'Eli s'éleva dans son dos, rauque et fatiguée. « Combien ? »
Elle se retourna. Il était appuyé au chambranle du couloir, l'épaule bandée sous sa chemise, le visage pâle mais les yeux bien ouverts. Il avait dû écouter.
« Sept mille. Et c'est un piège. » Elle rentra dans le vestibule, ferma la porte d'un coup de talon, puis se mit à arpenter. « James n'aurait jamais signé un contrat pareil. Il détestait Pemberton. Il disait qu'il était malhonnête avant même de creuser le premier trou. » Elle s'arrêta, le papier roulé entre les mains. « Cette signature. Elle est peut-être fausse. »
« On peut le faire vérifier. »
« Par qui ? » Elle leva les yeux vers lui avec une ironie brûlante. « La banque appartient à Pemberton. Le juge est un de ses associés. Price, quand il n'est pas en prison, travaille pour lui. Il n'y a personne dans cette ville qui ne soit pas à lui — ou qui n'ait trop peur de lui pour agir. »
Eli traversa la pièce, lentement, et s'arrêta devant elle. Il tendit la main, non pas pour la toucher, mais pour que quelque chose soit offert. « Le contrat de ton mari. L'original. Tu l'as toujours ? »
« Dans le coffre de la chambre de James. Je n'ai jamais osé le brûler. »
« Alors il faut le lire. Toute la lettre. Et le comparer au document de Pemberton. » Il baissa les yeux vers le rouleau qu'elle tenait encore. « Si sa signature est fausse, il y aura des différences. Le grain du papier. La pression de la plume. Parfois même la date, écrite d'une autre main. »
Elle desserra les doigts et lui tendit le rouleau. Il le prit sans effort apparent — une blessure à l'épaule ne l'empêchait pas de lire — et le déroula sur la table du salon, poussant les tasses de café de la veille pour faire de la place. Maeve resta derrière lui, regardant par-dessus son épaule, comme elle l'avait fait cent fois dans les livres de comptes de l'hôtel, comme elle le ferait dans la tombe.
« Regarde la clause. » Il tapota du doigt une ligne au milieu de la page. « Date limite de remboursement : le 1er mars de l'année du contrat. Ce qui laisserait croire que le prêt a été émis en mars — mais ton mari a signé en avril. » Il leva les yeux. « Il y a une clause de remboursement accéléré en cas de décès de l'emprunteur. Quand James est mort, le solde entier devient dû. Or personne ne t'a jamais signifié cette échéance. Ce qui signifie que Pemberton a laissé courir les intérêts volontairement, pendant dix-huit mois, pour que la dette devienne impossible à payer. »
Une colère sourde monta dans la gorge de Maeve. « Et le terrain. Il veut le terrain. Pas l'hôtel. La mine que James avait commencé à creuser, celle qui passe sous la grange et qui rejoint le filon des Trois Sœurs. » Elle le savait depuis des jours — depuis que Smiley avait lâché le mot en gloussant — mais elle ne l'avait pas encore dit à voix haute. « C'est pour ça qu'il a fait tuer James. Le terrain. Cette parcelle. C'est un tracé de mine, pas un contrat de banque. »
Eli ne confirma pas, ne nia pas. Il se contenta de regarder le papier, et Maeve vit dans la tension de sa mâchoire qu'il était arrivé à la même conclusion.
« Il y a un sceau de la bourse de San Francisco, en bas », dit-il enfin, la voix plus douce. « Ce document est passé entre les mains de plus de gens que Pemberton le voudrait. »
Maeve le regarda — son visage amaigri par la fièvre, l'écharpe tachée de brun autour de son épaule, mais les yeux brillants d'une intelligence qui ne faiblirait pas. Elle savait qu'il cherchait une issue. Une preuve. Une brèche.
Elle n'avait pas le temps d'attendre la brèche.
« Demain, dit-elle. J'appelle une assemblée. Tout le monde à l'église — les prospecteurs, les commerçants, les femmes qui travaillent dans les saloons. Je vais leur montrer ceci. » Elle prit le document des mains d'Eli, le repliant soigneusement, et le glissa dans son corsage. « Et je vais leur dire ce que Pemberton a fait à James, à Silas, et à ce que cette ville aurait pu devenir. S'il veut l'hôtel, il faudra qu'il traverse la salle à manger pleine d'électeurs devant lui. »
« Maeve. » Eli posa la main sur son avant-bras, une pression à peine perceptible. « S'il est prêt à tuer pour ce terrain, il sera prêt à tuer pour un morceau de papier. »
Elle le regarda dans les yeux et ne détourna pas le regard.
« Alors il faudra qu'il me tue aussi. »
Un silence. Puis la main d'Eli se resserra, brièvement, avant de retomber.
Mais elle ne put s'empêcher de remarquer qu'il ne dit pas non.
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