Or et Poussière
Lire le chapitre 23: The Counterfeit
La neige avait cessé de tomber, mais le vent mordait encore la peau quand Eli poussa la porte du bureau du marshal. Il tenait la liasse de documents que Maeve venait de lui remettre — les registres de Price, sauvés du comptoir de l'hôtel au milieu de la nuit, glissés dans la doublure de son manteau comme un talisman.
« C'est là », dit-il en étalant les papiers sur le bureau poussiéreux. Son épaule bandée le lançait à chaque mouvement, mais il ne laissa rien paraître. « Le papier. Le filigrane. Regarde. »
Maeve s'approcha, le souffle court d'avoir couru à travers la ville encore engourdie. Elle posa un doigt ganté sur la liasse et l'examina à la lumière de la lampe. Les lettres étaient fines, imitées, mais quelque chose clochait dans le serif du « G » — trop appuyé, comme une main qui force.
« Le billet de banque que Price m'a laissé après l'incendie », dit-elle, sortant de sa poche le document plié qu'elle avait gardé. « Je l'avais comparé aux autres. Même encre, même filigrane. Sauf que celui-ci porte la signature de Pemberton. Une signature qui n'est pas la sienne. »
Eli sourit — un sourire froid, professionnel. « La contre-façon. C'est un délit fédéral. Ça nous donne une porte d'entrée que la fraude de claim ne pouvait pas ouvrir. »
Il décrocha sa veste de marshal du clou au mur, la passa avec une grimace étouffée. « Je vais chercher Price. Toi, tu vas chercher la ville. »
Maeve hocha la tête. Elle savait ce que ça signifiait : une posse. Des hommes et des femmes qui la suivaient depuis la réunion de la veille, prêts à croire en quelque chose de plus grand que leur peur d'un banquier.
« Les mines ferment à midi », dit-elle. « Trente personnes, peut-être quarante. »
« Ça suffira. » Eli ajusta son revolver, vérifia le chargeur. « Le train de l'est passe à deux heures. Si Pemberton veut fuir, il essaiera de le prendre. »
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Le saloon de Price sentait la bière aigre et le tabac froid. Eli entra seul, la main posée sur la crosse de son arme, et trouva l'homme installé au fond, une bouteille de whisky devant lui comme un trophée.
« Marshal », dit Price sans lever les yeux. « Je me demandais quand vous viendriez. On m'a dit que votre épaule... »
« Sortez vos mains de la table. Lentement. »
Price obéit, les paumes à plat, un sourire mauvais aux lèvres. « Vous n'avez rien contre moi. Vous avez vu la réaction de la ville hier — ou plutôt, vous avez vu la mienne. Je suis parti. Je suis un homme raisonnable. »
Eli jeta les documents sur la table entre eux. Les registres s'éparpillèrent comme des cartes à jouer. Price les regarda, et quelque chose se figea dans son regard.
« Ceux-là », dit Eli, « sortent de votre comptoir. Comparés au billet que vous avez laissé à Maeve O'Donnell après avoir brûlé son entrepôt. Même filigrane. Même encre. Même faux. »
Les mâchoires de Price se serrèrent.
« La contre-façon, ça se juge à Denver », poursuivit Eli. « Devant un tribunal fédéral. Pas un juge local qui vous connaît par votre nom de baptême. Vous allez voir l'intérieur d'une cellule fédérale, Price, et celle-là, on n'en sort pas en soudoyant un shérif adjoint de passage. »
Un silence. Le saloon était vide — même le barman avait disparu par la porte arrière. Price regarda les documents, puis Eli, puis les documents. Son doigt tapota la table, un rythme nerveux.
« Vous voulez que je vous donne Pemberton », dit-il enfin. Ce n'était pas une question.
« Je veux que vous me donniez tout. Les registres falsifiés des claims. La liste des complices à la banque. Les instructions écrites. Et je vous garantis que le tribunal en tiendra compte. »
Price rit, un son court et sans joie. « Compte. Compte. Vous connaissez le juge fédéral, marshal ? Vous savez combien il déteste voir sa cour encombrée de petites affaires de montagne ? »
« C'est une affaire de contre-façon. Il n'y a rien de petit là-dedans. »
Price ferma les yeux. Quand il les rouvrit, ils étaient fatigués, résignés — et Eli sut qu'il avait gagné.
« Pemberton était à la banque ce matin. Il a fait brûler des documents dans la chaudière. Il sait que vous avez parlé à Silas. Il sait que la lettre est entre vos mains. » Price se pencha en avant, abaissant la voix. « Il a réservé un passage sur le train de l'est. Deux heures. Sous un faux nom. »
« Lequel ? »
« Wilson. John Wilson. Il part en premier wagon, avec un sac de voyage marqué à ses initiales — non, il est trop rusé pour ça. Un sac en toile beige, sans marque. Avec l'or en pépites converties en billets de banque — les vrais, ceux-là. »
Eli le prit par le col et le tira vers lui. « Si vous mentez, je reviendrai vous voir. Et la prochaine fois, je ne serai pas seul. »
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De l'autre côté de la ville, Maeve rassemblait sa troupe. Ils étaient quarante et quelques — des mineurs à l'air bourru, deux femmes de commerçants qui tenaient leurs fusils comme on tient une pelle, le vieux docteur Hargrove avec son chapeau cabossé. Jamie Cranshaw était là aussi, le visage fermé, ses doigts noués sur la carabine héritée de son frère.
« Il va prendre le train », dit Maeve, debout sur une caisse de poudre qu'on avait vidée de son contenu. « Le marshal est en train de faire parler Price. Mais on ne compte pas là-dessus. On compte sur nous. »
Murmures d'approbation. Dans la lumière grise du matin, leurs visages étaient réglés comme ceux de soldats.
« Le train traverse le gué à quatre kilomètres à l'est », continua-t-elle. « Il ralentit pour prendre le virage de la colline. Je veux qu'on soit là avant. On n'arrête pas un train — on arrête un homme qui croit qu'il va le prendre. »
Elle descendit de la caisse, et le petit groupe se mit en mouvement — une colonne silencieuse dans la neige encore fraîche.
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Le gué était gelé, la glace craquant sous les sabots des chevaux. Maeve et ses gens se déployèrent des deux côtés de la voie, dissimulés par les rochers et les bouleaux nus. On entendait déjà le sifflet lointain du train, aigu et perçant dans l'air froid.
Elle les vit. Dix, quinze silhouettes qui émergeaient de l'orée de la forêt à l'ouest — et au centre, la carrure massive d'Eli Reed, sa veste de marshal déployée comme un étendard.
Le train apparut au tournant, une masse noire et haletante, ses roues grinçant sur les rails gelés. Maeve fit un geste ; deux hommes descendirent sur la voie, un drapeau rouge entre eux. Le train freina dans un gémissement de métal, ses derniers wagons tanguant dans un nuage de vapeur.
Pemberton était dans le premier wagon, comme Price l'avait dit. Il sortit la tête par la portière, vit le drapeau, vit Maeve — et comprit.
Il jeta son sac de toile beige par la fenêtre et sauta. Sa chute amortie par la neige, il se releva et courut vers les arbres, mais la posse convergeait déjà autour de lui comme un piège qui se referme. Jamie Cranshaw fut le premier à l'atteindre, sa carabine levée, et il plaqua le banquier au sol sans un mot.
Pemberton cracha de la neige, le souffle court. Il leva les yeux — et vit Maeve debout au-dessus de lui, son visage impassible, sa main ferme sur le sac de toile beige qu'elle venait de ramasser.
« Vous avez signé un contrat », dit-elle doucement. « Vous auriez dû lire les petites lignes. »
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