Or et Poussière
Lire le chapitre 3: A Miner's Tale
La poussière dorée du matin filtrait à travers les volets de la cuisine quand la porte arrière de la pension grince. Maeve se retourne, le torchon encore à la main, et voit Elmer « Old Pete » Higgins sur le seuil, son chapeau cabossé tournant entre ses doigts calleux.
Il a la mine d'un homme qui a quelque chose à vendre, et Maeve connaît ce regard. Toute la ville de Gold Creek portait ce regard depuis que la fièvre de l'or avait attrapé les hommes à la gorge.
« Madame O'Donnell. » Il touche le bord de son chapeau. « Je cherche une chambre. Une nuit, peut-être deux. »
Maeve repose le torchon et s'essuie les mains sur son tablier. Old Pete était un habitué du saloon, pas des pensions propres. Il sentait la poussière de mine et le whisky aigre. Mais elle avait une chambre vide au bout du couloir – celle du jeune homme mort – et les affaires étaient les affaires.
« C'est deux dollars la nuit, Pete. Le petit-déjeuner est compris. »
Il hésite, gratte sa barbe grise. « J'ai pas deux dollars. J'ai... autre chose. »
Elle a déjà entendu ça. La moitié des hommes de ce comté essayait de payer en pépites douteuses ou en promesses. Mais Old Pete a un tic nerveux, et ses yeux vont vers la porte d'entrée, là où le corps avait été emporté la veille.
« J'ai vu votre homme mort, madame O'Donnell. Celui qu'on a retrouvé sur votre porche. »
Maeve se fige. Sa main serre le rebord du comptoir.
« Je l'ai vu avant qu'il meure, » il dit plus bas. « Il traînait autour du claim de Prouty, celui qu'on appelle La Bêtise. »
Le claim de la Bêtise. Maeve connaît ce nom – tout le monde le connaît. Un trou creusé dans une colline morte, acheté à prix d'or par un Anglais naïf qui croyait avoir trouvé la veine du siècle. On l'appelait la Bêtise parce que le rocher ne valait rien. De la pyrite, du fer brillant. Ce que les hommes appelaient l'or des fous.
« Qu'est-ce qu'il faisait là ? » demande-t-elle.
Old Pete hausse les épaules. « Il posait des questions. Beaucoup de questions. Sur les claims abandonnés, les titres de propriété. Il avait un carnet, notait des noms. »
Un carnet. Maeve pense à son bureau, au coffre où elle a caché le papier plié trouvé dans la botte du mort. Un acte de propriété, signé par un juge qu'elle ne connaissait pas, pour une mine qui portait le nom d'un premier époux disparu de Sullivan.
Le nom gratté encore visible sous la sienne. Sullivan.
« Échange, » dit-elle finalement. « La chambre pour le reste de l'histoire. »
Pete hoche la tête, soulagé, et s'assoit lourdement à la table de la cuisine. Maeve pousse vers lui une tasse de café et un bol de gruau. Il mange d'une main, parle de l'autre.
« Le jeune homme – il s'appelait comment, déjà ? Personne ne le savait. Mais il se faisait appeler Wilcox, une fois. J'ai entendu ça au saloon. Quelqu'un lui a demandé son nom, il a dit Wilcox. » Il secoue la tête. « Mais il avait pas l'accent d'ici. Ni d'Amérique, même. Il avait des manières, vous comprenez ? Des manières de riche. »
Maeve reste immobile. E.W. dans la doublure de sa veste. E comme Edward, Eli, Edmund. Wilcox.
« Et le claim de la Bêtise, » insiste-t-elle. « Il l'avait acheté, ou il le convoitait ? »
Pete boit une gorgée de café brûlant. « Il voulait savoir qui était le propriétaire actuel. Il avait un papier sur lui, une carte je crois. Je l'ai vu la déplier près du feu quand il croyait que personne ne regardait. Y avait des croix dessinées dessus. Des X, comme sur les cartes au trésor des gamins. Plusieurs, dispersés sur la colline. »
Des X. Maeve se penche. « Combien de X, tu as vu ? »
« Cinq, six peut-être. Difficile à dire, il l'a pliée vite quand il m'a vu. Mais je sais où il couchait ce papier, il le gardait dans une poche intérieure de sa veste. Celle du côté du cœur. »
Maeve se redresse lentement. La veste du mort. Elle est encore là, dans la pièce de stockage où elle a rangé ses affaires restantes, en attendant que le shérif les réclame. Elle l'a fouillée rapidement hier soir – actes, lettres, rien d'autre. Mais elle n'a pas pensé à une doublure cachée.
La voix de Pete la ramène. « Il avait peur, ce jeune homme. Le jour avant sa mort, il regardait par-dessus son épaule. Il m'a demandé – il m'a demandé si je connaissais un juge Carter. »
Le sang de Maeve se glace. Le juge Carter. Le prêtre, habitant l'église, qui avait signé l'acte de transfert du claim. En pleine nuit, selon le tampon du document.
« Qu'est-ce qu'il disait du juge ? »
« Rien. Juste qu'il avait besoin de lui parler. Il avait un rendez-vous, disait-il. Mais il est mort avant de pouvoir le prendre. » Pete finit son gruau et pousse le bol vide. « C'est tout ce que je sais, madame. Le nom de la mine c'était le claim Provost, je crois. Une vieille affaire, rachetée par un Anglais il y a des années de ça. »
Claim Provost. Maeve le range dans sa mémoire.
Quelques heures plus tard, le soleil a basculé de l'autre côté de la colline et les ombres s'allongent dans la rue poussiéreuse. Maeve a passé l'après-midi à s'activer – lessive, repas, conversations avec les pensionnaires – mais son esprit n'a jamais quitté le nom de Wilcox, ni celui de Provost.
Elle est dans sa chambre, les rideaux tirés, quand elle entend des pas lourds dans l'escalier. Un frappement à sa porte, sans douceur.
Elle ouvre. Eli Hawk se tient dans le couloir, son étoile de shérif étincelant dans la pénombre. Il a les traits tirés, la mâchoire serrée. Et quelque chose dans son regard a changé – la méfiance mesurée d'hier a laissé place à une urgence sourde.
« Madame O'Donnell. » Il ne franchit pas le seuil. « J'ai besoin de vous poser une question. »
« Je vous écoute. »
Il jette un bref regard dans le couloir, puis se penche légèrement vers elle. « Le convoy de la Willow Creek Mining Company est arrivé hier soir de la ville. Payroll pour les équipes – quatre mille dollars en or et en billets. » Ses yeux ne quittent pas les siens. « Le messager a disparu. Avec la paye. »
Le cœur de Maeve rate un battement. Willow Creek. Le nom du claim sur l'acte qu'elle a caché dans son coffre.
« Et il y a plus, » continue Eli. « Le messager – c'est le même homme qu'on a retrouvé mort sur votre porche. »
Le temps se fige. Maeve ne trouve rien à répondre. Tout ce qu'elle a construit dans sa tête – un homme qui apportait un acte, un homme qui enquêtait sur des claims volés – tout cela s'écroule. Le mort volait quatre mille dollars quand il est mort. Ou bien – les pensées s'emballent – ou bien quelqu'un d'autre les avait volés, et le mort l'avait découvert.
« Madame O'Donnell ? » La voix d'Eli est calme mais insistante. « Vous l'avez vu avant sa mort ? Il vous a remis quelque chose ? »
Le papier brûle dans son imaginination, caché à quelques mètres de là. Un acte de propriété pour un claim qui porte son nom, et qui s'appelait peut-être aussi Willow Creek à l'origine. Un acte signé par un juge prêtre, pour un homme dont E.W. pourrait être les initiales.
Si elle ment maintenant, Eli le découvrira. Si elle dit la vérité, elle perdra tout ce qu'elle a bâti – le claim possible, sa sécurité, peut-être sa vie si les hommes qui ont tué Wilcox apprennent ce qu'elle détient.
« Je ne l'avais jamais vu avant de le trouver, » dit-elle finalement, et sa voix est plus posée qu'elle ne l'aurait cru. « Je suis désolée. Je ne peux pas vous aider. »
Eli la regarde longuement. Un regard qui pèse, qui jauge. Il hoche la tête lentement, sans conviction apparente.
« Si vous entendez quelque chose, faites-le-moi savoir. » Il tourne les talons, puis s'arrête. « Et dites à votre homme d'entretien, Jed, que je vais avoir besoin de lui parler de nouveau. Ce soir. »
Il disparaît dans l'escalier. Maeve ferme la porte lentement, le cœur battant contre ses côtes.
Jed. Jed avec ses mains tremblantes et ses yeux fuyants quand le shérif est là. Jed qui était absent, hier soir, pendant des heures.
Elle se retourne vers son bureau. Le placard du fond. Le coffre.
« Sullivan, » murmure-t-elle seul à seule. « Qui est Sullivan ? »
Quelque part dans la nuit, une porte claque. Au loin, un cheval hennit. Maeve prend une lanterne et ouvre le coffre. L'acte est là, plié, accusateur. Elle le déplie à la lumière, relit les mots pour la millième fois.
Un autre nom. Dessous, à moitié gratté mais lisible à la lumière rasante :
*Titre original détenu par Jeremiah Sullivan.*
Jeremiah. Un frère de son mari ? Un associé ? La famille du mort ?
Elle replie le papier. Demain, à la première heure, elle visitera la pièce de stockage. La veste de Wilcox est encore là, avec sa doublure intacte et ses mystères. Elle est fermement décidée à trouver cette fameuse carte avant que Jed ou Eli Hawk ni n'y mettent la main.