Or et Poussière
Lire le chapitre 4: The Claim Map
La lumière du matin filtrait à travers les rideaux élimés quand Maeve poussa la porte de la chambre du mort. L'odeur de renfermé et de poussière lui pinça les narines, mais elle ignora la boule qui se formait dans sa gorge. Elle n'avait pas le temps pour les scrupules.
Elle s'agenouilla près du lit défait, passa les mains sous le matelas. Rien. Elle souleva l'oreiller, tâta la taie. Toujours rien. Le vieux Pete avait parlé d'une poche intérieure dissimulée dans la veste, mais Eli avait emporté le corps et ses effets personnels la veille. Il restait pourtant quelque chose à trouver, elle en était certaine.
Son regard balaya la pièce, s'arrêta sur la planche qui craquait près de la fenêtre. Elle se rappelait l'avoir remarquée lors du nettoyage, le bois légèrement surélevé par rapport à ses voisines. Elle tira son couteau de sa poche, en glissa la lame sous la planche. Elle céda avec un grincement.
Un morceau de toile graisseuse, replié en huit, gisait dans l'ombre. Maeve le sortit, le déplia sur le lit. Son souffle se coinça dans sa poitrine.
C'était une carte, dessinée à la mine de plomb sur un tissu huilé qui avait visiblement servi de doublure de veste. Des traits au charbon indiquaient le lit d'une rivière, des arêtes de collines, et des pointillés qui suggéraient des sentiers. Mais ce qui attira son regard, ce furent les croix. Cinq. Non, six. Six X tracés à l'encre brune, chacun accompagné d'un nom griffonné dans une écriture serrée et nerveuse.
« Willow Creek », murmura-t-elle. Son pouce suivit la ligne pointillée jusqu'à la première croix. La déception la frappa comme une gifle.
La carte montrait la région au nord du confluent, là où les veines pauvres se perdaient dans le granit. Maeve connaissait ces terrains. Son mari avait passé des nuits entières à lui parler des filons, des schistes riches et des pièges à naïfs. Ces claims ne valaient rien. Chacun de ces X était planté sur du roc stérile, là où aucun or ne brillait jamais.
« Pourtant, c'est là qu'ils ont tous creusé », murmura-t-elle.
Un bruit de pas résonna dans le couloir. Maeve tressaillit, replia la carte avec une rapidité nerveuse. Elle la glissa sous son corsage, entre le tissu et sa peau, puis rajusta la planche d'un coup de talon. Elle était assise au bord du lit, les mains croisées sur ses genoux, quand Jed poussa la porte.
« Ah, Mrs. O'Donnell. Je vous cherchais. Le toit de la remise a une poutre fendue. »
Son regard balaya la chambre, trop rapide, trop calculateur. Maeve avait appris à lire les hommes dans son métier. Jed avait les yeux d'un chat qui cherche une souris cachée.
« La chambre de ce pauvre homme », dit-elle avec un soupir qu'elle espérait convaincant. « Je pensais trouver une Bible ou une lettre pour sa famille. Il avait peut-être une mère qui attend de ses nouvelles. »
Jed haussa les épaules. L'élan de sympathie qu'il aurait pu ressentir semblait absent de sa tête. « C'était un trimardeur. Les trimardeurs n'ont pas de maman. »
« Le shérif adjoint Clayborne est venu récupérer ses affaires ? »
Les lèvres de Jed se serrèrent. « Je ne sais pas ce que le marshal a fait. Je m'occupe des clous et du bois, pas des morts. »
« Et des claims ? » Elle laissa la question flotter un instant, observa sa réaction. Les jointures de Jed blanchirent sur le chambranle qu'il tenait. « Sullivan. Ça te dit quelque chose ? »
« Je connais un Sullivan », répondit-il, trop vite. « Un commerçant à Bishop's Flat. Pourquoi ? »
Maeve se leva, lissa sa jupe d'un geste qui se voulait tranquille. « Ton impression, il se trouve que le claim de ce pauvre homme était enregistré sous ce nom. Je me disais que tu aurais pu entendre quelque chose. »
Jed secoua la tête. « Je n'écoute pas aux portes, Mrs. O'Donnell. » Il tourna les talons, mais elle saisit la tension dans ses épaules, la raideur de sa nuque. Il avait un nom en tête, et ce n'était pas celui d'un commerçant de Bishop's Flat.
Elle le laissa partir, compta jusqu'à trente. Puis elle ferma à clé la porte de la chambre et retira le tissu de son corsage. Dans la lumière qui oblique maintenant, elle s'aperçut que les pointillés de la carte ne s'arrêtaient pas à la sixième croix. Une ligne ténue se poursuivait hors du terrain dessiné, jusqu'au coin du tissu où un symbole minuscule attendait d'être découvert.
Un cercle. Un anneau parfait, tracé à la mine de plomb. Et au centre, juste assez lisible pour être déchiffré dans la pénombre : « Provost ».
La pièce du puzzle s'emboîta dans son esprit avec un claquement sec. Wilcox avait étudié le claim Provost, la « Bêtise » comme l'appelaient les mineurs sceptiques. Il avait cartographié six sites, tous stériles, et le nom du claim le plus louche de la région apparaissait pourtant au bout de son trajet.
Sauf que La Bêtise, Maeve le savait depuis son plus jeune âge, était le claim le plus riche de Gold Creek.
Elle plissa les yeux, compara mentalement la carte aux connaissances héritées de son mari. Rien ne collait. Les filons riches ne suivaient jamais les veines que la carte indiquait. Wilcox avait tracé des claims qui n'existaient pas, sur des terrains qui ne produiraient jamais une once. La fraude était tellement évidente que ça en devenait grossier.
À qui profitait-elle ?
Une pièce tomba dans son esprit avec un tintement froid. Maeve s'aperçut que le claim enregistré sur l'acte mortuaire était vierge. Un ÉNORME claim, avec son nom dessus. Les X de la carte correspondaient à des parcelles qui deviendraient peut-être un jour des claims à son nom, ou à ceux d'autres douillards qui croiraient avoir trouvé le bon filon.
Elle serra la carte contre sa poitrine. Quelqu'un utilisait de faux claims pour vendre des terrains sans valeur à des investisseurs naïfs. Et Wilcox l'avait découvert. Wilcox avait payé de sa vie cette connaissance.
Le rectangle de papier raidi dans sa poche intérieure, l'acte qui portait son nom, prenait soudain une signification nouvelle. Ce n'était pas une erreur. Ce n'était pas un hasard. Quelqu'un avait voulu qu'elle détienne ce morceau de papier.
Dans la cour, la voix d'Eli Hawk s'éleva, portée par le vent du matin. Il appelait Jed. Maeve traversa la pièce, se pencha à la fenêtre en tirant le rideau d'un doigt.
Eli se tenait près du puits, le chapeau rejeté en arrière, la main posée négligemment sur la crosse de son revolver. Jed s'approchait de lui comme un garçon pris en faute. La conversation ne portait pas loin, mais Maeve déchiffra les mots d'Eli sur ses lèvres.
« ...Monsieur Sullivan, puisqu'il était question de votre famille... »
Jed pâlit.
Maeve retomba contre le mur, le cœur tambourinant. Sullivan. La famille Sullivan. Jed connaissait donc les Sullivan bien mieux qu'il ne le prétendait. Et Eli Hawk lançait des filets dans la même direction qu'elle.
Elle jeta un dernier regard sur la carte qu'elle venait de découvrir, les mots de son mari résonnant dans le silence. « Quand tout semble trop beau pour être vrai, c'est que quelqu'un ment. » Jack savait. Il avait dû le savoir.
Elle sortit son crayon de sa poche, posa la carte sur le rebord de la fenêtre. D'un geste sûr, traça les contours du terrain sur un morceau de papier d'emballage qu'elle gardait pour les comptes. Elle copia les X, les noms, la ligne ténue jusqu'au cercle où s'écrivait Provost.
Puis elle replaça la toile sous le matelas, exactement comme elle l'avait trouvée, et glissa sa copie dans la poche de son tablier.
Si Eli Hawk voulait la vérité, il allait falloir qu'il fasse le chemin jusqu'à elle. Parce qu'à présent, elle possédait une carte qui valait plus que tout l'or de Gold Creek.
Et une certitude glacée qui la suivait comme une ombre : quelqu'un dans cette ville savait qu'elle l'avait.