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Or et Poussière

Lire le chapitre 7: The Banker's Ledger

La pluie avait cessé pendant la nuit, laissant les rues de Gold Creek transformées en bourbier blond. Maeve s'arrêta devant la façade de la banque de Pemberton & Fils, un bâtiment en briques qui jurait avec le reste de la ville, toute en bois brut et en tentes miteuses. Elle inspira profondément, serrant son réticule contre sa poitrine comme un bouclier.

Elle avait passé la nuit à retourner dans sa tête les paroles de Price, ce sourire huileux qui sentait le complot. Trois mille dollars pour son hôtel. Trois mille dollars pour tout ce qu'elle avait reconstruit à la sueur de son front. Et maintenant ce faux-monnayeur, cette pièce d'or trafiquée dans sa caisse, ce guetteur dans l'ombre. Quelqu'un voulait la pousser dehors. Quelqu'un voulait sa propriété.

La banque était déserte à cette heure matinale. Un employé au visage boutonneux leva les yeux de son registre, puis se dépêcha de prévenir son supérieur en la voyant.

« Madame O'Donnell ! » s'exclama Mr. Pemberton en émergeant de son bureau privé, les mains tendues comme s'il accueillait une vieille amie. Il était petit, grassouillet, avec des favoris grisonnants et une façon de sourire qui n'atteignait jamais ses yeux. « Quel plaisir inattendu ! Puis-je vous offrir un café ? »

« Non, merci », répondit Maeve en s'asseyant dans le fauteuil en cuir qu'il lui indiquait, face à son bureau massif. Le cuir grinça sous elle. « Je viens pour affaires. »

Pemberton referma la porte de son bureau, atténuant le bruit de la rue. Le plafond suintait des taches d'humidité, mais le bureau lui-même respirait une opulence studieuse : bibliothèque en acajou, presse-papier en marbre, encrier de cuivre ciselé. L'argent parlait ici. L'argent et les secrets.

« Je vous écoute, madame », dit-il en s'asseyant, les doigts joints sur son sous-main vert. « Tout ce que je peux faire pour vous aider. »

Maeve sortit son petit carnet de sa poche et l'ouvrit à une page marquée. Elle n'avait pas besoin de le consulter — elle connaissait ses chiffres par cœur — mais le geste lui donnait un air de compétence qui, elle l'espérait, la protégerait. « Le toit de l'hôtel a besoin de réparations d'urgence. La pluie d'hier a percé dans deux chambres, et l'hiver arrive. Je voudrais demander un petit prêt. Deux cents dollars suffiraient amplement. »

Le visage de Pemberton s'illumina. Il se pencha en avant, ouvrit un tiroir et en sortit un document déjà préparé, dont les bords étaient d'une blancheur immaculée. Comme s'il avait su qu'elle viendrait.

« Bien sûr, bien sûr. Deux cents dollars, c'est tout à fait raisonnable. » Il posa le papier devant elle, puis dégaina un stylo-plume de son gilet. « Si vous voulez bien signer ici, je m'occupe du reste. »

Maeve prit le stylo mais ne l'appliqua pas encore sur le parchemin. Elle parcourut rapidement les lignes, ses yeux s'arrêtant sur une phrase écrite en caractères plus petits que le reste. *« Le soussigné reconnaît sa dette envers la banque de Pemberton & Fils, somme qui viendra en déduction de toute créance impayée au nom de la succession d'Andrew O'Donnell. »*

Elle leva les yeux. « Qu'est-ce que ça veut dire — cette déduction ? »

Pemberton soupira, un son doux et compatissant qui semblait répété mille fois. Il se pencha et désigna la ligne de son doigt manucuré. « Madame O'Donnell, je suis navré d'avoir à vous le dire ainsi. Votre défunt mari avait un compte ouvert chez nous. Un crédit accordé pour l'agrandissement de l'hôtel, il y a de cela deux ans. » Il s'interrompit, le visage empreint de gravité. « Il reste un solde impayé de huit cent cinquante dollars. »

Le sang de Maeve se figea. Huit cent cinquante dollars. Ses économies de secours. La moitié de ses profits de l'été entier. Elle reposa le stylo, les doigts tremblants. « Andrew ne m'a jamais parlé de cette dette. »

« Les maris, hélas, ne confient pas toujours leurs affaires à leurs épouses », répondit Pemberton avec une douceur qui frôlait l'insulte. Il n'avait pas levé les yeux de son registre. « Le relevé original se trouve dans nos archives. Je serais heureux de vous en montrer une copie. Nous avons envoyé plusieurs courriers, mais ils ont peut-être été égarés pendant votre période de deuil. »

C'était un mensonge, Maeve le sentait. Elle avait elle-même trié le courrier pendant des semaines après la mort d'Andrew, et aucun document de la banque n'était jamais apparu. Mais elle ne pouvait pas prouver le contraire. Et si elle refusait de signer, Pemberton pourrait utiliser cette dette fantôme pour saisir son hôtel, réclamer des intérêts, contester sa propriété devant un juge. Price avait parlé d'irrégularités de titre, et voilà que la banque sortait soudainement une dette oubliée.

La pièce lui sembla soudain plus petite, l'air plus lourd. Maeve regarda par la fenêtre : dans la rue, un cavalier passa au trot, les jambes serrées sur un cheval bai. Elle reconnut la silhouette d'Eli Martin, sa redingote sombre, son port droit. Le cavalier ne la vit pas, et elle ressentit une pointe de solitude plus vive que la pluie de la veille.

Elle se retourna vers Pemberton, qui la regardait avec cette patience de chat qui surveille un oiseau blessé.

« Si je signe ce papier, le toit sera réparé ? »

« Sur-le-champ, madame. Et nous pourrons discuter d'un échéancier raisonnable pour le remboursement de la dette de votre mari. »

« Mais cet argent — les huit cent cinquante dollars — il sera pris sur le prêt ? »

« Non, non. Le prêt est un prêt. La dette est une dette. Ils seront consolidés dans un seul document de crédit. Vous signez aujourd'hui, et vous repartez avec les deux cents dollars dans votre poche. Les intérêts sont bien sûr raisonnables. »

Maeve lisait les journaux. Elle savait que les banquiers disaient toujours « raisonnables » pour désigner des taux qui finissaient par avaler les fermes et les commerces de la région. Mais elle n'avait pas le choix. Pas si elle voulait que l'hôtel passe l'hiver, pas si elle voulait garder le temps nécessaire pour enquêter. Les pièces d'or trafiquées, Sullivan, la carte — tout cela exigeait de l'argent liquide, et sa caisse était presque vide après le paiement de ses derniers fournisseurs.

Elle prit le stylo. Le métal était froid. Elle le tourna entre ses doigts une seconde de plus, puis le trempa dans l'encrier d'un geste net et le posa sur le parchemin.

« Où je signe ? »

Pemberton lui indiqua une ligne en bas de page, ses yeux brillant d'une satisfaction qu'il ne cherchait même pas à dissimuler. Maeve appuya la plume, traça son nom d'une écriture ferme, puis la retira. Une goutte d'encre perla au bout de la lettre finale, comme une larme.

« Voilà qui est fait », dit Pemberton en reprenant le document et en le rangeant dans son tiroir. Il ne le vérifia même pas. Il le savait déjà. « Je vais préparer l'argent. Un instant, je vous prie. »

Il sortit de la pièce, la laissant seule dans le silence du bureau lambrissé. Maeve sentit un nœud dans sa poitrine. Elle regarda ses mains posées sur ses genoux — deux mains qui avaient lavé des draps, servi des ragoûts, cousu des oreillers. Des mains de travailleuse, pas d'aventurière. Elle les serra l'une contre l'autre.

Sur le coin du bureau, un registre ouvert traînait. Maeve jeta un coup d'œil vers la porte, encore entrouverte, puis se pencha légèrement pour lire les lignes manuscrites. Les noms d'emprunteurs locaux s'alignaient en colonnes serrées. La plupart lui étaient familiers : Joe le forgeron, Anna la lavandière, le docteur Schmidt. Mais en bas de page, deux entrées attirèrent son regard.

*Sullivan, R. — prêt 500$ — intérêt échu 3 mois* *Wilcox, J. — solde créditeur 412$ — payé en or, n° série 441-B (vérifier authenticité)*

La mention de Wilcox faillit la faire sursauter. L'homme mort, le messager de la paie, avait un compte créditeur ici. Et Sullivan — le Sullivan qui volait les effets des morts dans son assayer — avait emprunté de l'argent à Pemberton. Les deux noms se répondaient dans la même colonne, comme des complices sur un registre.

Des pas résonnèrent dans le couloir. Maeve recula vivement, feignant de remettre son carnet dans sa poche. Pemberton réapparut, tenant une liasse de billets qu'il compta méticuleusement sur le sous-main.

« Deux cents dollars, madame O'Donnell. Comptez-les vous-même. »

Maeve prit les billets d'une main ferme. Elle voulait fuir, mais elle se força à les compter lentement, répondant au sourire du banquier par un regard placide. « Merci, monsieur Pemberton. Je vous rembourserai au plus vite. »

« J'en suis certain, madame. » Il lui ouvrit la porte avec une courtoisie extrême. « Et si vous avez besoin de quoi que ce soit — une extension de crédit, un conseil sur vos affaires — n'hésitez pas. Nous sommes là pour vous. »

Elle traversa le hall de la banque, sentant le regard de l'employé boutonneux la suivre jusqu'à la porte. Mais dehors, l'air frais lui rendit une partie de ses esprits. Wilcox. Sullivan. Deux noms à la même page. Ce n'était pas un hasard.

Maeve serra les billets dans sa poche et traversa la rue boueuse vers le comptoir du forgeron, où elle paya d'avance une commande de réparation pour le toit. Puis, au lieu de retourner directement à l'hôtel, elle bifurqua vers le vieux chemin de terre qui longeait le cimetière, vers l'écurie de Hanrahan où elle avait laissé sa jument la veille.

L'aube allait venir. Elle avait passé trop de temps à jouer les victimes de circonstances — d'Andrew, de Pemberton, de Price, de ce cavalier inconnu. Il était temps d'en savoir plus sur cette ligne de la carte, ce carré marqué « S » sur la lisière de sa propriété. Sullivan. Sullivan et la banque. Sullivan et les morts. Sullivan et sa terre.

Elle atteignit l'écurie, poussa la porte grinçante et caressa l'encolure de sa jument grise qui hennit de reconnaissance. Le harnais était prêt, la selle encore humide de la pluie de la veille, mais elle n'y prêta pas attention.

Ce qui l'inquiétait, c'était la phrase de Pemberton avant qu'elle ne signe. *« Les maris, hélas, ne confient pas toujours leurs affaires à leurs épouses. »* Il avait dit cela avec une insistance particulière, comme si elle était censée comprendre quelque chose. Andrew lui avait-il caché autre chose que cette dette ? Une autre femme ? Une autre dette ? Une autre propriété ?

Elle boucla la sangle, monta en selle d'un geste vif et guida sa jument vers la ligne des collines qui mordaient l'horizon à l'est.

Le carré « S » allait peut-être lui donner une réponse. Ou peut-être qu'il allait la mener droit dans un piège. Mais Maeve en avait assez des interrogatoires feutrés et des signatures dans des bureaux lambrissés où l'argent parlait plus fort que la vérité.

Elle pressa les talons dans les flancs de la jument et partit au galop dans la lumière rose de l'aube, la carte froissée dans sa poche, les noms de Wilcox et Sullivan résonnant dans sa tête comme un glas.