Paris Sans Lumière
Lire le chapitre 11: The Search Party
Ils étaient trois ombres dans la nuit. La lune, voilée par une épaisse couche de nuages, ne leur offrait qu'une lueur laiteuse, à peine suffisante pour distinguer les contours des immeubles. Camille avançait en tête, sa sacoche de pharmacienne battant contre sa hanche, le plan de Marc déplié dans sa main. Julien fermait la marche, son casque de pompier sous le bras, chaque muscle tendu vers le moindre bruit.
— La rue Cardinal-Lemoine devrait être dégagée, murmura Camille en s'arrêtant au coin d'un immeuble.
— C'est ce que disait la carte d'hier, répondit Léa, la voix basse mais les yeux vifs. Les soldats ne sont pas les seuls à avoir bougé depuis.
Un bruit de verre brisé leur parvint, suivi d'un rire gras. Trois silhouettes titubaient devant la vitrine fracassée d'une épicerie de quartier, des bouteilles de vin à la main. Ils ne les virent pas. Camille fit signe aux autres de traverser, dos collé aux murs, respirations retenues. L'adrénaline remplaçait le manque de café, donnait une netteté douloureuse à chaque seconde.
Ils suivirent l'itinéraire que Marc avait tracé, un chemin de service qui serpentait entre les cours intérieures. C'est là, dans une impasse où stagnait une odeur d'huile de vidange et de poussière, que Camille s'arrêta net.
— Ici. Regardez.
Une caisse à outils en métal rouge, cabossée, était posée contre un mur de briques. Le nom de Marc était gravé dans le couvercle, à la peinture blanche, un travail soigné qu'elle reconnaissait. À côté, une tache d'huile fraîche s'étalait sur le pavé, encore sombre et brillante. Julien s'accroupit, passa la main sur la flaque.
— Pas plus de quelques heures.
— Il était là, souffla Camille. Il a travaillé ici.
Elle ouvrit la caisse. À l'intérieur, un assortiment de clés, de pinces, et un petit tournevis à tête plate, le même qu'il utilisait pour ajuster les pompes à insuline. Mais pas de trace de son ami.
— Il a laissé son outillage ? fit Léa, le front plissé. Il n'aurait jamais fait ça. C'est son métier.
— La fermeture est intacte, ajouta Julien en examinant le couvercle. Il l'a posée là volontairement. Comme un affût, peut-être.
Un bruit sourd, régulier, leur parvint alors. Une vibration qui semblait venir de sous la terre, un grondement continu qui faisait vibrer les pavés sous leurs pieds. Camille consulta la carte : la sous-station marquée du X rouge était à trois rues de là.
— C'est ça, le bruit, fit-elle. Quelque chose tourne encore.
— Certainement pas plus qu'un générateur de secours, répondit Julien, mais son regard trahissait une inquiétude nouvelle. Personne n'alimente une sous-station entière pour un simple générateur.
Une lumière, faible mais distincte, se mit à pulser brièvement au-dessus du toit d'un entrepôt, à quelques centaines de mètres. Camille échangea un regard avec Julien. Ce n'était pas l'éclat d'une lampe de poche civile. C'était trop intense, trop dirigé. Une balise.
— Il faut y aller, dit-elle en ramassant la caisse à outils.
— Attends.
Julien était figé, le bras tendu. Un silence inhabituel avait remplacé le bruit de fond de la ville. Même les grillons semblaient s'être tus. Puis, dans ce silence, une série de détonations sèches éclata, proches. Trop proches. Des coups de feu.
Une balle siffla au-dessus de leurs têtes, arrachant un éclat de brique au mur contre lequel ils étaient adossés une seconde plus tôt. Léa poussa Camille vers l'impasse tandis que Julien les couvrait, son corps massif entre elles et la trajectoire invisible.
— Le toit ! cria-t-il.
Camille ne demanda pas son reste. Elle lança la caisse à outils à travers l'embrasure d'une porte de service, puis se jeta derrière un conteneur à ordures avec Léa. Julien, accroupi, tira la porte métallique derrière lui, les plongeant dans le noir.
La fusillade continua dans la rue, puis un énorme silence retomba, plus lourd que le précédent. Par-dessus leur respiration haletante, le bourdonnement de la sous-station persistait, patient, ininterrompu. Mais quelque part entre les balles et l'obscurité, Camille comprit que quelqu'un savait qu'ils cherchaient Marc. Et que ce quelqu'un n'était pas une bande de pillards en goguette.
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