Paris Sans Lumière
Lire le chapitre 12: Uneasy Truce
Ils revinrent par l'escalier de service, épuisés, la poussière des toits encore collée à leurs vêtements. Camille poussa la porte du palier du troisième et s'arrêta net.
Un groupe de six hommes et femmes se tenait devant la porte de la pharmacie. Des visages du quartier, elle en reconnut certains — le boucher de la rue de Charonne, deux frères du bâtiment C. Ils brandissaient des barres de fer et des couteaux de cuisine. Nadia, pâle, se tenait dos à la porte blindée, les bras croisés.
« On sait ce que tu caches là-dedans, Laurent », dit le boucher, un homme massif aux joues rudes. « L'insuline. Les antibiotiques. Vous les gardez pour vous.
— On les rationne », répondit Camille, la voix lasse. « Pour toute la communauté. C'est moi qui décide qui reçoit quoi, et quand.
— Tu décides ? » Il cracha par terre. « T'es pharmacienne, pas dieu. »
Les autres grondèrent. L'un des frères fit un pas vers Camille. Julien s'intercala, les mains levées, paumes ouvertes. Il ne portait plus sa veste de pompier — elle était restée dans le camion abandonné — mais sa carrure parlait pour lui.
« On discute. Personne ne touche à personne.
— T'es plus un pompier, mon gars. T'as pas d'autorité ici.
— Si. » La voix de Julien était calme, presque douce. « Parce que si vous prenez tout ce stock, vous le tuez. Les gens diabétiques du bloc, les trois enfants asthmatiques du cinquième, la vieille madame Kessler avec son cœur. Vous prenez ça, ils crèvent dans la semaine. »
Un silence. Le boucher jeta un regard aux autres. L'un des frères baissa sa barre de fer.
« Et qu'est-ce que tu proposes ? » demanda une femme que Camille reconnut — la caissière du Monoprix.
Julien se tourna vers Camille. Ses yeux disaient *laisse-moi faire*, et elle sentit un nœud se former dans son ventre. Elle savait ce qu'il allait offrir avant qu'il ne parle.
« On partage. Un stock commun, géré ici, avec des tours de garde. Vous pouvez surveiller. Vous pouvez garantir que rien ne disparaît. Chaque jour, on distribue selon les besoins réels. Vous participez à la protection du bâtiment, vous chassez les maraudeurs, vous montez la garde la nuit. En échange, vous avez accès à un stock transparent et équitable. »
« Équitable ? » ricana le boucher. « Ta pharmacienne décide de l'équitable. »
Camille prit une inspiration. Son corps entier protestait — chaque dose d'insuline qu'elle comptait était tatouée dans sa mémoire, chaque fiole était une victoire sur la mort. L'idée d'abandonner le contrôle à des hommes armés qui n'avaient aucune idée de la posologie lui donnait envie de hurler.
Mais elle regarda Julien, qui la fixait avec une intensité calme. Et elle comprit. Un ennemi à l'extérieur, des soldats qui tiraient sur les civils — ils ne pouvaient pas se permettre de se battre entre eux.
« D'accord », dit-elle. Sa voix était ferme, mais elle sentait l'amertume couler dans sa gorge. « D'accord. Mais vous ne touchez à rien. Je fais les inventaires. Si je trouve un seul flacon manquant parce que quelqu'un a fouillé dans mes réserves, je coupe tout le camp. Compris ? »
Le boucher acquiesça lentement. Il tendit la main. Julien la prit, la serra. Une poignée de main fragile, un pacte scellé sur la peur.
Camille les regarda, les mâchoires serrées. Elle voyait bien ce qui se passait derrière ce geste de bonne volonté affichée. Le boucher ne voulait pas sauver la communauté — il voulait un accès permanent à ses médicaments. La poignée de main n'était qu'un répit.
Et dans sa poche, le walkie-talkie que Léa lui avait donné émit un bref grésillement. Quatre bips. Le même signal codé, encore et encore.
Marc.
Le boucher entendit aussi. Il tourna la tête vers sa poche. Un sourire mince étira ses lèvres.
« On dirait que t'as d'autres secrets, pharmacienne. »
Camille serra le walkie dans sa main. Elle était prise entre les hommes armés devant elle, le soldat qui les avait tirés dessus, et le fantôme de Marc qui appelait à l'aide de quelque part dans la nuit.
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