Paris Sans Lumière
Lire le chapitre 19: The Debt Paid
L'alarme hurlait encore dans la rue quand Camille s'était décidée. La pharmacie de la rue Oberkampf. Elle la connaissait, le vieux Grossman y tenait son commerce depuis trente ans, et il gardait toujours un stock d'insuline au frais dans une cave voûtée. Julien avait froncé les sourcils, Léa avait ajusté sa lampe frontale sans un mot. Ils étaient partis dans la nuit opaque, contours effacés par la fumée qui rampait entre les immeubles.
La devanture était déjà défoncée. Les étagères pendaient, ventres ouverts, pilules écrasées sous les semelles. Quelqu'un était passé avant eux, mais Grossman n'avait pas une pharmacie ordinaire — il avait une réserve. Camille passa derrière le comptoir, tâtonna sous la plaque de cuivre, trouva la trappe. L'escalier sentait le moisi et le papier vieilli. Elle descendit, Julien sur ses talons.
La cave était intacte. Deux réfrigérateurs ronronnaient dans le silence, alimentés par un groupe électrogène artisanal. Camille ouvrit le premier : des flacons d'insuline alignés comme des soldats, encore froids. Son cœur cogna. Elle en prit quatre, les enveloppa dans son écharpe, les glissa dans la poche intérieure de son manteau.
Elle remontait l'escalier quand une ombre barra la lumière. Un homme massif, vêtu d'un blouson de cuir élimé, tenait Julien au col. Deux autres silhouettes se découpaient derrière lui, armées de barres de fer.
— On partage, dit l'homme. C'est notre quartier.
Camille recula d'un pas, la trappe encore ouverte derrière elle. L'eau glacée de la peur lui coula dans le dos.
— On n'a pris que ce dont on a besoin, dit-elle, la voix plus ferme qu'elle ne le sentait. Des malades, au bâtiment. Vous êtes qui, vous ?
— Un homme seul ne partage pas, grogna l'homme en la poussant contre le mur. Sa barre de fer s'abattit sur le torse de Julien, qui s'effondra avec un son creux. Camille hurla.
Léa surgit alors de la ruelle, un extincteur vide dans les mains. Le jet de poudre blanche aveugla les trois hommes. Julien roula sur le côté, attrapa la cheville de l'homme et tira. Il tomba. Léa frappa, encore, encore, épaules et nuques. Camille courut, sauta par-dessus la vitrine brisée, et tous trois cavalèrent dans la rue, le silence revenu derrière eux pareil à un couvercle.
Ils ne s'arrêtèrent qu'au coin de la rue Daval. Camille se plia en deux, les flacons pressés contre sa poitrine comme un secret brûlant. Elle vomit sur le trottoir, presque sans bruit.
— Tu vas bien ? demanda Léa.
Camille hocha la tête, encore pliée. Puis elle entendit le pas.
Un homme marchait vers eux, seul, titubant. Il tenait un sac en toile contre lui et portait à l'épaule une blouse blanche déjà grise. Quand il leva la tête sous le clair de lune sale, Camille reconnut les traits de Sylvie.
Le frère. L'homme pour lequel elle avait promis.
Il s'arrêta à trois mètres, épuisé, les lèvres craquelées par des heures de marche depuis l'hôpital.
— Vous êtes la pharmacienne ? murmura-t-il.
Camille ne répondit pas. Elle sortit l'écharpe de sa poche intérieure, défit le nœud, et tendit les quatre flacons d'insuline, encore froids.
L'homme les prit avec une lenteur de rite. Il ouvrit le premier flacon, vérifia le liquide contre la lumière, et quand il la regarda à nouveau, ses yeux étaient humides.
— À l'hôpital, ils disent que vous n'avez rien ramené. Que vous avez fui.
Camille ne baissa pas les yeux.
— Dites à Sylvie que la dette est payée, dit-elle. Et dites-lui que je reviendrai.
Il hocha la tête, serra les flacons contre lui, et repartit dans l'ombre, sa blouse blanche flottant derrière lui comme un pavillon.
Camille resta là un long moment, la main vide encore ouverte. La sensation du froid de verre lui manquait déjà.
Julien s'approcha, une main sur son côté douloureux.
— C'est fait. Tu as payé ta dette.
Camille ferma les doigts, puis les rouvrit lentement, comme si elle cherchait ce qui s'était envolé.
— Oui, dit-elle enfin. Et maintenant ?
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