Paris Sans Lumière
Lire le chapitre 25: The Warning
Camille comptait les ampoules de sérum quand la radio cracha un message codé. Julien, accroupi près de la porte, releva la tête.
— C’est pas le canal habituel, dit-il.
« …mesures exceptionnelles. Le gouvernement confirme l’origine étrangère de la coupure. En conséquence, un périmètre de quarantaine sera établi aux portes de Paris sous quarante-huit heures. Aucune entrée ni sortie ne sera tolérée… »
Victor Moreau coupa le flux d’un geste sec. Son visage, déjà fermé, vira au gris.
— Ils nous enferment, dit-il. Ils nous enferment avec le problème et ils balaient la poussière sous le tapis.
— C’est faux, souffla Camille. Nous savons que c’est faux. C’est pas un État étranger, c’est une entreprise. Leur entreprise à eux.
Léa, blanche comme un drap, s’appuya contre le mur de l’appartement de Victor. La gaze à son flanc virait déjà au rouge.
— Ça change rien, dit-elle. Que ce soit vrai ou pas, dans deux jours, les portes se ferment. Et nous, on est pas encore à Saint-Denis.
Camille regarda la petite assemblée : Julien, la mâchoire serrée, Victor qui faisait les cent pas, Léa qui tenait à peine debout, et le poids du data chip dans sa poche — chaud, insistant, vivant.
— On part à l’aube, dit-elle. Rien ne change.
— Tout change, la coupa Victor. Réfléchis. Le gouvernement croit à une attaque d’État. S’ils bouclent Paris, ils bouclent aussi les infrastructures. La tour de contrôle de Saint-Denis, elle sera sous surveillance militaire, pas juste sous celle de la société. On aura peut-être un accès, mais on aura aucun moyen d’expliquer ce qu’on fait là-bas sans se faire tirer dessus.
— Et si on reste ? demanda Julien. On se cache. On survive. On attend que le blackout s’arrête tout seul ?
Victor secoua la tête.
— Vous avez vu ce que j’ai montré. Cette coupure a été orchestrée. Sans le protocole RESTART, le réseau est mort jusqu’à ce que quelqu’un le réinitialise manuellement. Personne ne viendra. Pas le gouvernement. Pas l’armée. Ils préfèrent sceller la ville et nier.
Le silence retomba. Camille entendait les bruits du bâtiment en dessous : murmures, disputes, la plainte d’un enfant. Quarante-sept personnes dans l’immeuble — peut-être deux centaines dans tout le bloc. Et personne ne savait encore que les portes de la ville étaient sur le point de se verrouiller de l’extérieur, les laissant tous à l’intérieur avec un problème conçu pour durer des mois.
— On a deux options, dit lentement Julien. On court à Saint-Denis maintenant, maintenant, cette nuit, et on tente le coup avant qu’ils scellent tout. Ou on reste, on enterre la puce, on se fait oublier.
— Et Marc ? demanda Camille à voix basse.
Léa releva la tête. Son regard était fiévreux.
— Le signal que j’ai repéré avant l’opération. Ça venait pas de la tour. Ça venait d’un bâtiment municipal, rue des Pyrénées. Marc avait laissé une trace. Je peux la suivre.
— Marc est mort, dit Victor, sans méchanceté. Sa trace, ça peut être un piège.
— Et si c’est plus ? Le data chip donne la route. Marc avait peut-être autre chose. Un plan B. Une autre commande.
Camille ferma les yeux. Elle revoyait le corps calciné du pompier près de la sous-station. Elle revoyait le sang de Léa sur les pavés de Montreuil. Elle revoyait le visage de M. Ahmed au sixième étage, qui n’avait plus d’insuline depuis deux jours et qui refusait de le dire à personne.
— Les portes ferment dans quarante-huit heures, dit-elle. On a deux missions. La tour de contrôle à Saint-Denis et la trace de Marc à la rue des Pyrénées. On n’a pas les gens ni les forces pour faire les deux.
— Si, dit Léa. On a une nuit.
Elle se releva, serra les dents, et sa main ne trembla pas.
— Je vais suivre la trace de Marc. Rue des Pyrénées, c’est à vingt minutes d’ici. Je suis pas capable de grimper une tour de contrôle, mais je peux marcher. Vous, vous allez à Saint-Denis. On se retrouve au point de rendez-vous avant le couvre-feu.
— Léa, tu saignes encore, dit Julien.
— Et alors ? Je saigne ici ou je saigne là-bas, ça change rien. Mais si Marc avait quelque chose, je veux le trouver avant que les militaires prennent la ville.
Victor Moreau croisa les bras. Longtemps, il regarda le data chip sur la table.
— Si je viens avec vous au lieu d’aller à la tour, dit-il lentement, vous avez peut-être une chance ce soir de passer les barrages avant qu’ils soient en place. Moi, je connais les trajets du métro. Les voies techniques. Les tunnels que personne ne surveille.
— Vous êtes prêt à risquer votre place dans l’immeuble ? demanda Camille.
— L’immeuble, il existera plus dans deux jours si on fait rien. Je viens.
Le ciel dehors virait au gris. Dans quelques heures, l’aube se lèverait sur une ville qui ne savait pas encore qu’elle était devenue une prison.
Camille prit la décision avant que le doute ne la rattrape.
— Léa, tu prends la rue des Pyrénées. Julien, tu restes avec elle jusqu’à ce qu’elle arrive, puis tu nous rejoins à la station de métro Avron. Victor et moi, on prend le data chip et on fonce vers Saint-Denis.
— Et si on se fait prendre ? demanda Julien.
— Alors on aura essayé.
Elle se tourna vers la fenêtre. Au loin, les lumières d’un hélicoptère firent un arc au-dessus de la ville.
Ils n’avaient plus que quarante-huit heures avant que Paris ne devienne une cage hermétique — et tout ce qu’ils avaient, c’était une nuit pour ouvrir la porte avant qu’elle ne se referme.
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