Paris Sans Lumière
Lire le chapitre 26: Marc's Fate
La pluie s'était mise à tomber, fine et tenace, transformant les rues de Ménilmontant en miroirs sales. Léa avançait en boitant à peine — la fierté plus que la douleur la maintenait droite. Le compteur Geiger de fortune — un vieux détecteur de métaux bricolé par Victor — émettait un grésillement régulier dans sa main gantée.
« C'est là », dit-elle en s'arrêtant devant une bâtisse municipale aux volets clos.
Julien leva les yeux. Une ancienne mairie d'arrondissement, ou peut-être un centre des impôts. Indistinct, administratif, mort. « Tu es sûre ? »
Léa consulta le boîtier argenté fixé à son poignet — le traceur de Marc, dernier fragment de signal enregistré avant sa chute. « Le signal s'est tu ici. Il n'a jamais bougé après. »
La porte de service céda sans résistance. À l'intérieur, l'odeur les frappa : papier humide, encre rance, et quelque chose d'autre. Quelque chose que Camille, habituée aux couloirs d'hôpital, reconnut immédiatement.
Le sang.
Ils suivirent le couloir sombre, lampes frontales balayant les murs où des affiches jaunies annonçaient des horaires de bus datant d'une autre époque. Les pas de Léa ralentirent. Julien la dépassa d'instinct, plaçant son corps entre elle et la porte du sous-sol.
« Il y a une lumière », murmura-t-il.
Une lueur tremblotante filtrait sous la porte métallique. Un générateur ? Une bougie ? Léa poussa la porte avant qu'il ne puisse la retenir.
La pièce était petite, carrelée de blanc cassé, avec des étagères de fournitures administratives renversées. Au centre, une chaise. Et sur la chaise, Marc.
Léa ne cria pas. C'est ce qui inquiéta Julien plus que tout. Elle resta figée, les bras le long du corps, à regarder l'ingénieur informatique qu'ils avaient connu au point de rendez-vous secret — celui qui leur avait donné les premières cartes du réseau souterrain. Son visage était intact. C'était tout le reste qui ne l'était pas.
« Ils voulaient quelque chose », dit-elle d'une voix plate. « Et il ne le leur a pas donné. »
Julien s'accroupit près du corps. Les mains de Marc étaient ouvertes, paumes vers le ciel, comme une offrande. Sur chacune, des marques. Pas des blessures. Des lettres. À l'encre, tracées d'une écriture tremblante mais délibérée.
« Léa. Regarde. »
Elle s'approcha. Sur la paume gauche : N-O-T-R. Sur la droite : E-D-A-M.
« Notre-Dame », souffla-t-elle.
Julien fronça les sourcils. « Notre-Dame ? Le symbole ? »
« Non. » Léa secoua la tête, les rouages de son esprit s'emballant. « Pas la cathédrale. Notre-Dame-des-Champs. C'est une station de métro. Ligne 12. » Elle releva les yeux, soudain électriques. « Marc travaillait sur le réseau. S'il a laissé ça... »
Elle se tut. Quelque chose clochait. Elle contourna la chaise et s'arrêta net.
Derrière le corps, sur le mur, une carte du métro parisien était épinglée. Une seule ligne tracée au marqueur rouge, épaisse, insistante : de la station Mairie de Montreuil jusqu'à Notre-Dame-des-Champs. Et au-delà, en pointillés, une gribouille que Léa reconnut comme n'étant pas du tracé officiel.
Une ligne qui descendait, descendait, descendait.
« Il y a une station fantôme », dit-elle, la voix soudain rauque. « Sous Montparnasse. J'ai lu un truc là-dessus avant le blackout. Une ancienne station jamais ouverte, utilisée pour des bunkers de guerre froide. »
Julien se releva lentement. « Marc s'est fait tuer pour nous dire où aller. »
« C'est ce que ça dit. » Léa détacha la carte du mur avec précaution, la roula, la glissa dans son blouson. Puis elle se tourna une dernière fois vers le corps de Marc. Elle ferma les paupières de l'ingénieur d'un geste doux. « On ne peut pas l'enterrer. Mais on peut finir son travail. »
Dehors, la pluie redoublait. Julien posa une main sur l'épaule de Léa — la première fois qu'il la touchait depuis leur dispute. « Notre-Dame-des-Champs est de l'autre côté de la ville. Le quarantine commence dans moins de quarante-huit heures. »
« Alors on court. »
Elle avait déjà repris la route, boitant à peine, la carte serrée contre sa poitrine. Julien la suivit, le silence de la mairie derrière eux pesant comme une tombe. Quelque part dans la nuit, vers Saint-Denis, Camille et Victor approchaient de la tour de contrôle avec la puce. Et quelque part plus bas, sous la ville, une station oubliée attendait ceux qui oseraient descendre.
Marc était mort en leur laissant un message. Il ne leur restait plus qu'à décider s'ils étaient prêts à en payer le prix.
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