Paris Sans Lumière
Lire le chapitre 27: The Message
La lumière des bougies vacillait sur la carte déployée entre les boîtes de conserve sur la table de la cuisine. Camille passa un doigt sur le tracé rouge qui serpentait de la place de la République jusqu'à la station Notre-Dame-des-Champs, puis s'arrêtait net sous le triangle du boulevard du Montparnasse.
— Il y a un symbole que je ne reconnais pas, dit-elle. Quelque chose entre le M et le chiffre sept.
Julien se pencha, les jointures blanchies par la fatigue. Léa, adossée au mur avec un bandage qui rosissait légèrement à la taille, écarta une mèche de son front.
— Marc dessinait toujours comme ça quand il voulait coder un lieu, souffla-t-elle. Le sept, c'est le nombre de lignes de métro qui passent sous Montparnasse. Mais le M… pas pour Métro. Pour *Montparnasse*.
Victor Moreau sortit de l'ombre de la porte. Il portait encore l'odeur d'antiseptique de l'opération qu'il avait menée sur Léa quelques heures plus tôt.
— Montparnasse a des niveaux que le public ne connaît pas, dit-il. Pendant la guerre, on y a construit un abri antiatomique. Réactivé dans les années quatre-vingt pour la protection civile, puis oublié.
— Oublié ? demanda Camille.
— Par les archives publiques, oui. Mais pas par les protocoles de réseau. Les câbles qui passent sous la tour sont les plus profonds de Paris. Si quelqu'un veut restaurer le courant, c'est là qu'il faudrait brancher la clé.
Le silence tomba sur la pièce. Le vent de la nuit s'engouffrait par la fenêtre mal calfeutrée, et quelque part dans la cour, un chien aboyait contre les ténèbres.
Camille releva les yeux de la carte.
— Alors on y va.
— Tous ? demanda Julien.
— Non. Trop de monde attire l'attention, surtout après Montreuil. On prend une équipe réduite : toi, moi, Léa, Victor et deux autres pour porter les vivres et couvrir nos arrières.
À ce moment, Yacine entra, suivi de deux autres habitants du rez-de-chaussée : Mariam, une ancienne gardienne de musée qui savait lire les plans, et Bruno, un ancien sergent devenu livreur à vélo.
— On vient d'entendre votre plan à travers le plancher, dit Yacine avec un sourire fatigué. On veut être de la partie.
— Les autres immeubles, les gens du quartier, ajouta Mariam. Si Paris est bouclé dans quarante-huit heures, vous n'aurez peut-être plus le droit de revenir. Quelqu'un doit savoir ce que vous cherchez. Et si vous échouez… quelqu'un doit raconter.
Julien posa sa main sur l'épaule de Camille.
— On leur explique tout. Maintenant. Avant que la quarantaine ne tombe.
Mais ce fut une voix depuis le couloir qui arrêta tout le monde. Mme Bonnet, la doyenne du quatrième étage, avançait péniblement, une lampe à pétrole à la main, papier froissé dans l'autre.
— On ne partira pas avant d'avoir lu ça, dit-elle.
Elle déplia le papier. C'était un extrait du dernier bulletin de l'hôpital Saint-Antoine, transmis par radio amateur.
« Recherche urgente : Camille Laurent, pharmacienne, dernière affectation au groupe hospitalier. Information concernant la gestion des réserves d'insuline. Transmission directe. Priorité vitale. »
Le cœur de Camille se serra. Les réserves d'insuline. Depuis dix jours, elle comptait les flacons dans sa cachette comme des pièces d'or, en rationnant M. Ahmed et les trois autres diabétiques du quartier. Si l'hôpital la cherchait, c'est que les réserves centrales étaient épuisées. Ou pires : que quelqu'un savait qu'elle en avait.
Julien prit le papier. Ses yeux parcoururent les lignes, puis s'arrêtèrent sur la fin du message, une ligne que Mme Bonnet n'avait pas lue à voix haute :
« Si vous partez vers le nord, ne revenez pas sans la clé. Ils fouillent vos étagères. »
Un nouvel élément. Les mercenaires de Montreuil n'avaient pas seulement attaqué au hasard. Ils cherchaient la clé. Ils cherchaient le chip. Et si Camille et les autres quittaient l'immeuble au matin pour Montparnasse, ils laisseraient derrière eux dix-huit personnes, les réserves d'insuline et toutes les traces de leur plan.
Camille déglutit. Elle regarda Julien, puis Léa, puis Victor.
— Alors on révise le plan, dit-elle. On ne part pas tous. Quelqu'un reste. Quelqu'un qui sait défendre ce bâtiment et tes étagères.
Julien serra la mâchoire.
— Moi.
— Non. Julien, on a besoin de toi dans les tunnels.
— Les tunnels, c'est moi, dit Victor. Julien connaît le bâtiment. Il peut défendre les réserves.
Le visage de Camille se ferma. Le choix était impossible. Protéger les vivres et l'insuline, ou tenter d'atteindre la source du courant. Elle ne pouvait pas faire les deux.
— Juste une question, dit Yacine doucement. Le message dit vers le nord. Le bâtiment de contrôle est à Saint-Denis. Mais la carte de Marc pointe vers Montparnasse. Est-ce que quelqu'un ici est sûr que le chip nous mène au bon endroit ?
Le silence retomba. Camille rouvrit la carte. Le tracé rouge. Le symbole. Montparnasse.
Et si Marc avait menti ? Et si toute la mission n'était qu'un piège ?
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