Quand La Ville Retint Son Souffle
Lire le chapitre 3: — L’AILE B
Le service de pneumologie du CHU Saint-Augustin débordait avant même que la ville comprenne qu’une épidémie commençait.
La saison hivernale avait rempli les chambres de BPCO décompensées, de pneumonies, d’asthmes sévères et de patients âgés fragiles.
Marc Delmas interdit les lits dans les couloirs dès le premier signal de transmission familiale.
« On vide l’aile B. »
« On n’a pas de lits ailleurs », protesta un cadre.
« Alors on fait sortir ceux qui peuvent être suivis à domicile. »
« Et les nouveaux ? »
« Isolement dans l’aile B. »
Il ne demanda pas la permission avant d’agir.
Il avait traversé les grandes alertes sanitaires des deux décennies précédentes et savait qu’en matière de prévention, les heures perdues se transformaient parfois en semaines de crise.
Claire arriva après sa conférence et trouva les portes condamnées, les blouses dédiées, les protections oculaires distribuées.
« Vous avez commencé sans attendre la direction ? » demanda-t-elle.
Marc haussa les épaules.
« Je préfère qu’on m’accuse d’avoir paniqué plutôt que d’avoir contaminé mon service. »
Le soir, il téléphona à son épouse, Isabelle.
Médecin militaire, elle travaillait régulièrement loin de Lyon. Ils étaient mariés depuis vingt-trois ans, sans enfant, et leur couple avait acquis une étrange stabilité faite de confiance absolue et de présence intermittente.
« Je risque de ne pas rentrer en février », dit-elle.
« Mission ? »
« Pré-alerte sanitaire. »
Marc regarda les lumières de la ville depuis son bureau.
« Ici aussi, ça commence à sentir mauvais. »
Il lui décrivit les cas.
Isabelle se tut longtemps.
« Protège tes équipes tout de suite », dit-elle enfin.
« C’est fait. »
« Bien. »
Ils auraient voulu ajouter quelque chose de tendre.
Ils n’en trouvèrent pas.