Quand La Ville Retint Son Souffle
Lire le chapitre 4: — UNE VIE PLUS SIMPLE
Antoine ne demandait pas à Claire de renoncer à sa carrière.
Du moins, c’est ce qu’il croyait.
Il lui proposait une autre forme de réussite : cabinet privé, horaires prévisibles, appartement à Paris, voyages, enfants, dîners familiaux, week-ends réellement libres.
« Tu pourrais choisir tes patients », lui disait-il.
Claire entendait : tu pourrais cesser d’être la personne que tu as décidé de devenir.
La dispute éclata autour de son anniversaire.
Antoine avait réservé un étage d’un club privé pour une soirée d’une cinquantaine de personnes.
« Annule », dit Claire.
Il éclata de rire.
« Tu es sérieuse ? »
« Oui. »
« Pour une pneumonie ? »
« Pour une pneumonie qu’on ne comprend pas, qui touche des familles entières et dont la gravité augmente. »
« Tu vois des microbes partout. »
« C’est littéralement mon métier. »
Il soupira.
Puis il prononça la phrase qui fit tomber quelque chose en elle.
« Alors quitte l’hôpital. »
Il parla mariage, sécurité, enfants, qualité de vie. Il pensait lui proposer un refuge.
Claire entendit une disparition.
Cette nuit-là, un patient mourut dans le service d’isolement après une dégradation fulgurante.
Pendant près d’une heure, Claire, Julien et les infirmiers tentèrent de le récupérer.
Ils échouèrent.
Après la réanimation, Claire resta assise dans le vestiaire, trempée de sueur, incapable de se détacher de l’image du moniteur.
Julien entra avec un gobelet de lait chaud.
Elle le regarda, surprise.
« Tu te souviens ? »
« Oui. »
À l’époque de leurs études, il lui préparait toujours du lait quand elle rentrait bouleversée d’une garde.
« Je ne veux pas parler du passé. »
« Alors on ne parle pas. »
Son téléphone vibra.
Une photo venait d’un numéro inconnu.
Antoine dormait torse nu dans un lit d’hôtel, une jeune femme blottie contre lui.
Claire contempla l’image.
Puis elle verrouilla l’écran.
Julien demanda : « Mauvaise nouvelle ? »
Elle réfléchit.
« Non. Une information utile. »